Si vous n’êtes républicains, soyez dignes de l’être

samedi 28 décembre 2013

On nous dira, et on aura raison, que la question fondamentale d’une société ne se situe pas dans le domaine religieux, qu’il n’est qu’une des conséquence de la politique sociale menée par les gouvernements successifs portant à bout de bras, depuis toujours, le système économique basé sur le libéralisme c’est-à-dire le capitalisme ; tout de même il est des limites où la mise en question du fait religieux doit avoir lieu, au risque de mettre en péril tout l’édifice républicain et démocratique si on n’intervient pas pour le recadrer au sein même de la République.

C’est bien le cas observé ces jours derniers lors de manifestations de femmes de confession mahométane à propos du port de leur voile et de sa présence dans le champ de l’enseignement public ; elles refusent en effet de retirer cet élément vestimentaire ostentatoire indiquant leur appartenance à une religion, dans l’accompagnement d’élèves lors de sorties scolaires.

Aussi s’indignent-elles devant la loi qu’elles accusent d’ « exclusion inique et illégale » à leur encontre, et se réunissent pour « protester contre un ostracisme inacceptable dans la patrie des droits de l’Homme », mais qu’elles sont « toutes très attachées au vivre ensemble ainsi qu’à la laïcité éclairée qui ne stigmatise pas une religion en particulier » au lieu d’ « une société sur la pente glissante du dogmatisme laïc », qui loin de « mettre un terme à cette islamophobie d’État » en rajouterait en quelque sorte avec « l’instauration de la charte de la laïcité à l’école sortie du chapeau socialiste ».

Ces déclarations prouvent qu’elles n’ont rien compris à ce qu’est la laïcité, mais aussi, et c’est plus grave, ce qu’est la République et surtout le fait d’en être un citoyen ; la puérilité de leurs propos est à l’image de leur ignorance en la matière ; le soutien de Marie-George Buffet ne change rien à leur affaire, bien au contraire, participant elle-même au démantèlement et de laïcité dite « moderne » et du parti dont elle fut le porte-parole.

Tout de suite disons que nous ne nous plaçons nullement dans une démarche qui serait stigmatisante pour la religion qu’elles professent ; elles ne sont pas les seules à exhiber leur croyance dans l’espace public, les juifs avec kipa se rencontrent aussi souvent dans des espaces qui ne sont pas particulièrement privés.

Nous le répétons une fois encore afin de se bien comprendre dans le vivre-ensemble : la République par l’intermédiaire de la loi définissant la laïcité garantit la liberté d’avoir ou de ne pas avoir une option religieuse ; quiconque voudrait s’interposer pour empêcher ou limiter cette liberté de la pensée s’exposerait à des sanctions immédiates de la par de l’Etat. Mais en même temps la République, en est venue à penser au fil des ans que ces options cultuelles, qui ne sont pas en vérité une pratique commune à tous les citoyens, n’étaient pas de son ressort puisque le mot même république signifie la chose publique ( res publica ) ; par conséquent depuis 1905 l’ensemble des cultes ont été placés dans la sphère de la vie privée de chacun, et la République depuis n’en reconnaît juridiquement et moralement aucun.

C’est déjà énorme. Il faut non seulement s’en contenter mais préserver ce principe qui nous libère les uns, les autres et nous fait nous accepter.

Toute démarche qui n’ira pas dans ce sens, qui cherchera par des moyens spécieux d’en détourner l’esprit, d’en dévoyer l’application, nous opposera et créera inévitablement le désordre et les conflits. Ces conflits que nous voyons aujourd’hui même un peu partout qui sèment la terreur et la mort.

Alors, la loi est là et chacun est tenu de l’observer au risque de s’exposer à des sanctions indiscutables.

Celui ou celle qui exhibe son appartenance à une religion ou à toute autre secte, au mépris de ses concitoyens, se doit de comprendre cela et faire effort de civisme avant que la loi ne s’applique ou ne devienne plus astreignante encore.

On sait depuis longtemps que celui qui croit en Dieu, de quelque figure ou nom qu’on lui donne, a tendance à ne vouloir reconnaître de loi que celle-là parce qu’il se considère comme le fils de Dieu ; mais la loi divine ne peut être qu’intime, dans la foi de celui qui s’y réfère ; vouloir l’appliquer dans l’espace public est un acte d’intolérance à l’égard des autres et donc inadmissible.

C’est ce qui se passe avec ces femmes portant le voile : elles appliquent à la lettre la loi de Dieu , et rien nous semble-t-il ne pourrait les en dissuader, tant elles sont déterminées et pensent être dans leur bon droit en la suivant jusque dans l’espace public.

Mais il faut choisir : la loi de Dieu s’arrête ou commence celle de la République, celle de la raison. Elles doivent comprendre qu’elles sont dans l’erreur, qu’elles ne doivent pas tout mélanger, ce qui est du ressort de la stricte vie privée et ce qui peut être admis dans la vie publique pour le vivre-ensemble en républicains éclairés. En parodiant le grand Corneille, on aurait envie de leur dire, ainsi qu’à tous les autres : Si vous n’êtes républicains, soyez dignes de l’être Et si vous nous égalez faites-le mieux paraître.

Laurent Gensac


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