Aimer la laïcité aujourd’hui

vendredi 25 avril 2014

Dans la collection « Dictionnaire amoureux » de chez Plon, vient de paraître Dictionnaire amoureux de la Laïcité, ouvrage conçu par Henri Pena-Ruiz ; il est vrai qu’une histoire d’amour existe depuis assez longtemps déjà ( Dieu et Marianne, 1999 ) entre l’auteur et ce magnifique principe d’universalité conçu par des républicains pour des républicains ; on peut alors penser que comme toute histoire d’amour, elle est, selon l’image de Badiou, une vérité de l’amour, et que tout amour véritable intéresse l’humanité tout entière.

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« J’aime Marianne. Apparemment elle me le rend bien en m’élevant à l’être universel que j’héberge… » écrit d’ailleurs Henri Pena-Ruiz dans sa Préface, et d’ajouter : «  L’amour de la laïcité est l’amour d’un idéal qui vaut pour tous, un jour ou l’autre. Chaque fois qu’une conscience résiste à l’oppression, chaque fois que des hommes aspirent à l’égalité de traitement, chaque fois que les citoyens s’insurgent contre les privilèges publics d’une conviction particulière et réclament la promotion du seul bien commun à tous, la laïcité advient, mais comme processus d’émancipation et non comme dogme. »

Cet ouvrage de 910 pages avec 239 entrées, ajoute en fait à la structure dictionnaire une vraie dimension encyclopédique sur le sujet.


PENA-RUIZ Henri, Dictionnaire amoureux de la Laïcité, Dessins d’Alain Bouldouyre, Paris, Plon, 2014, 910 p. 25€


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Aimer la laïcité aujourd’hui
jeudi 23 octobre 2014 à 15h32 - par  Le Président

Saluons Henri Pena-Ruiz à qui vient d’être attribué pour son ouvrage, ce lundi même, le 10ème Prix de l’Initiative Laïque lors du 17ème Rendez Vous de l’Histoire de Blois 2014.

Ce prix distingue, faut-il le rappeler, des initiatives ou actions témoignant d’une « défense et illustration », dans le passé comme dans le présent, des valeurs humanistes de laïcité et de tolérance, attachées à l’esprit de la loi de 1905. Le jury est composé de personnalités du monde de l’histoire et de l’éducation ainsi que des représentants des organisateurs (mutuelles partenaires MAIF, MGEN et CASDEN et Rendez-Vous de l’Histoire de Blois).

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Aimer la laïcité aujourd’hui
dimanche 11 mai 2014 à 01h09 - par  Laurent Gensac

Qu’on nous permette, au mot d’entrée « HUGO », quelques remarques :

1/ Sur l’expression : « En 1848 Victor Hugo s’affiche au côté des républicains. »

La République avait été proclamée le 25 février 1848 par le Gouvernement provisoire issu des barricades prolétariennes ; elle n’inspire pas vraiment Hugo, alors pair de France ; opposé à une république née des armes et de ce qu’il appelle « l’anarchie, la terreur », il déclarera : « République, c’est bien. Tâchons que le mot n’empêche pas la chose. » 

Lors des élections à l’Assemblée constituante du 23 avril il ne fut pas élu, mais le sera aux Elections complémentaires du 4 juin.
Il entend alors préciser à ses soixante mille électeurs qui l’ont honoré de leurs suffrages le type de République qu’il souhaite à la France et il fait imprimer pour cela son affiche électorale ( 22 mai 1848 ) dont voici le texte :

 Dans la situation politique telle qu’elle est, on me demande toute ma pensée. La voici :
Deux Républiques sont possibles.

L’une, abattra le drapeau tricolore sous le drapeau rouge, fera des gros sous avec la colonne, jettera bas la statue de Napoléon et dressera la statue de Marat, détruira l’Institut, l’Ecole polytechnique et la Légion - d’Honneur, ajoutera à l’auguste devise : Liberté, Egalité, Fraternité, l’option sinistre : ou la Mort ; fera banqueroute, ruinera les riches sans enrichir les pauvres, anéantira le crédit, qui est la fortune de tous, et le travail, qui est le pain de chacun, abolira la propriété et la famille, promènera des têtes sur des piques, remplira les prisons par le soupçon et les videra par le massacre, mettra l’Europe en feu et la civilisation en cendre, fera de la France la patrie des ténèbres, égorgera la liberté, étouffera les arts, décapitera la pensée, niera Dieu ; remettra en mouvement ces deux machines fatales qui ne vont pas l’une sans l’autre, la planche aux assignats et la bascule de la guillotine ; en un mot, fera froidement ce que les hommes de 93 ont fait ardemment, et, après l’horrible dans le grand que nos pères ont vu, nous montrera le monstrueux dans le petit.

L’autre sera la sainte communion de tous les Français dès à présent, et de tous les peuples un jour, dans le principe démocratique ; fondera une liberté sans usurpations et sans violences, une égalité qui admettra la croissance naturelle de chacun, une fraternité, non de moines dans un couvent, mais d’hommes libres ; donnera à tous l’enseignement comme le soleil donne la lumière, gratuitement ; introduira la clémence dans la loi pénale et la conciliation dans la loi civile ; multipliera les chemins de fer, reboisera une partie du territoire, en défrichera une autre, décuplera la valeur du sol ; partira de ce principe qu’il faut que tout homme commence par le travail et finisse par la propriété, assurera en conséquence la propriété comme la représentation du travail accompli et le travail comme l’élément de la propriété future ; respectera l’héritage, qui n’est autre chose que la main du père tendue aux enfants à travers le mur du tombeau ; combinera pacifiquement, pour résoudre le glorieux problème du bien-être universel, les accroissements continus de l’industrie, de la science, de l’art et de la pensée ; poursuivra, sans quitter terre pourtant, et sans sortir du possible et du vrai, la réalisation sereine de tous les grands rêves des sages ; bâtira le pouvoir sur la même base que la liberté, c’est-à-dire sur le droit ; subordonnera la force à l’intelligence ; dissoudra l’émeute et la guerre, ces deux formes de la barbarie ; fera de l’ordre la loi des citoyens, et de la paix la loi des nations ; vivra et rayonnera, grandira la France, conquerra le monde, sera en un mot, le majestueux embrassement du genre humain sous le regard de Dieu satisfait.

De ces deux Républiques, celle-ci s’appelle la civilisation, celle-là s’appelle la terreur. Je suis prêt à dévouer ma vie pour établir l’une et empêcher l’autre.

HUGO Victor, Œuvres politiques complètes, Œuvres diverses, Paris, Pauvert, 1964, p. 42

Si Hugo ne veut pas d’une République sans Dieu, il va plaider cependant dans son discours du 15 janvier 1850 lors de la discussion de la loi sur l’enseignement, loi Falloux, pour que l’enseignement primaire ne soit pas laissé entre les mains du parti clérical : « Je ne veux pas vous confier l’enseignement de la jeunesse, l’âme des enfants, le développement des intelligences neuves qui s’ouvrent à la vie… Je ne veux pas vous confier l’avenir de la France, parce que vous le confier, ce serait vous le livrer…Ah ! je ne vous confonds pas, vous parti clérical, avec l’église… Vous êtes les parasites de l’église, vous êtes la maladie de l’église. » Et il va demander haut et fort la laïcité de l’enseignement et de l’Etat : « Je veux l’état laïque, purement laïque, exclusivement laïque … En un mot, je veux, je le répète, ce que voulaient nos pères : l’église chez elle et l’état chez lui ».
C’est très bien, mais qu’est-ce donc que l’Etat sinon le gouvernement de la République ; en même temps il rassure la majorité de l’assemblée qui sait qu’entre elle et lui, il y a un lien qui les unit : Dieu ; ainsi fait-il dans ce même discours un éloge éclatant de la Bible et défend la nécessité de maintenir un véritable enseignement religieux, car dit-il : « Dieu se retrouve à la fin de tout. Ne l’oublions pas et enseignons-le. »
Et comme l’année d’avant la Constitution avait légalisée la République en présence de Dieu, tout était en ordre, l’assemblée ne retint pas la laïcité et la loi Falloux fut adoptée.

En fait en 1848, et durant ces courtes années d’agitations sociales et politiques d’une ampleur rarement atteinte, Hugo apparaît plutôt comme un républicain honnête, modéré et bien sûr, plus du lendemain que de la veille.

2/ Sur Hugo et la Bible 

La profonde dévotion que porte Victor Hugo pour le Livre est inébranlable, en témoigne cet étrange texte en conclusion de son livre Claude Gueux. ( à cette époque il était monarchiste ).

« Quand la France saura lire, ne laissez pas sans direction cette intelligence que vous aurez développée. Ce serait un autre désordre. L’ignorance vaut encore mieux que la mauvaise science. Non. Souvenez-vous qu’il n’y a qu’un livre plus philosophique que le Compère Mathieu, plus populaire que Le Constitutionnel, plus éternel que la charte de 1830 ; c’est l’Écriture sainte. Et ici un mot d’explication.
Quoi que vous fassiez, le sort de la grande foule, de la multitude, de la majorité, sera toujours relativement pauvre, et malheureux, et triste. Á elle le dur travail, les fardeaux à pousser, les fardeaux à traîner, les fardeaux à porter. Examinez cette balance : toutes les jouissances dans le plateau du riche, toutes les misères dans le plateau du pauvre… Les deux parts ne sont-elles inégales ? La balance ne doit-elle pas nécessairement pencher, et l’état avec elle ? Et maintenant dans le lot du pauvre, dans le plateau des misères, jetez la certitude d’un avenir céleste, jetez l’aspiration au bonheur éternel, jetez les paradis, contre-poids magnifique ! Vous rétablissez l’équilibre. La part du pauvre est aussi riche que la part du riche. C’est ce que savait Jésus, qui en savait plus long que Voltaire.
Donnez au peuple qui travaille et qui souffre, donnez au peuple, pour qui ce monde-ci est mauvais, la croyance à un meilleur monde fait pour lui. Il sera tranquille, il sera patient. La patience est faite d’espérance.
Donc ensemencez les villages d’évangiles. Une bible par cabane. Que chaque livre et chaque champ produisent à eux deux un travailleur moral…. Cette tête de l’homme du peuple, cultivez-la, défrichez-la, arrosez-la, fécondez-la, éclairez-la, moralisez-la, utilisez-la ; vous n’aurez pas besoin de la couper. »

HUGO Victor, Œuvres romanesques complètes, Claude Gueux,1834, Paris, Pauvert, 1962, p. 381

Laurent Gensac

Brèves

7 avril 2015 - Rencontre avec Yvon Quiniou

Rencontre avec Yvon Quiniou
En partenariat avec Espaces Marx
Jeudi 9 Avril 2015
à 20H30 (...)