La laïcité en danger - 1

jeudi 10 juillet 2003
par  Le Président

Lors des élections à la présidence de la République Mr. CHIRAC nous assurait, à propos de la laïcité, dans sa lettre du 29 avril 2002 : « du respect des articles 10 et 11 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789, de l’article 1er de la Constitution de 1958 ou encore de la loi de 1905, fondements de nos institutions républicaines. » Ceci a d’ailleurs été confirmé par le premier Ministre notamment lors de son intervention télévisée du jeudi 3 avril dernier.

Cependant la situation déplorable que nous dénoncions alors a perduré et rien de concret n’a été amorcé pour y remédier : les indiscrétions religieuses dans les services publics, le milieu scolaire en premier, ont continué de s’affirmer avec une rare intolérance.

Il est vrai que l’école de la République, publique et laïque est malmenée et que, en conséquence, la laïcité de l’État l’est aussi, c’est-à-dire le fondement même de notre société. Des faits nous semblent aggravants : ainsi qu’on ait pu nommer, dans un tel contexte de tension un ministre, Luc FERRY, préférant pour ses enfants l’école privée confessionnelle à l’école publique, a été très mal perçu quoi qu’on puisse dire ; que ce même ministre dans son livre à l’intention de tous ceux qui aiment l’école ( publique ? ) fasse, contrairement à toute attitude laïque, du particularisme communautaire, a été très mal perçu : mal perçu, car la laïcité vaut pour tous et ne peut privilégier une morale parme d’autres sans, de droit, déroger à ce qui la définit ; que ce même ministre supprime en catimini par un simple décret ( du 05/03/2003 ) l’épithète « nationale » au nom éducation, a été très mal perçu : mal perçu, parce que cela annonce le début de la décentralisation et la fin possible de l’école de la nation.

Aussi ce climat donne-t-il lieu, dans tous les milieux de la pensée, à force de prises positions, déclarations, réflexions sur la laïcité : ce qu’elle devrait être, ce qu’elle a été, ce qu’elle pourrait être ou ne pas être ; ou même en sous-entendu ne pas être du tout. Mais TOUS, de quelque chapelle qu’ils soient, sont unanimes pour une « réactualisation », une « mise à plat », une « ouverture », une « interprétation souple »… de la laïcité. Halte aux révisionnistes !
Dans cette logorrhée médiatique déversée régulièrement depuis plus de dix ans – comme par hasard depuis le bicentenaire de la Révolution, et la fin de l’URSS – quel mépris, quelle intolérance pour les 45% de nos concitoyens qui reconnaissent n’appartenir ni s’intéresser à aucune religion ! Que l’hypothèse Dieu ne soucie guère et qui s’en trouvent heureux ainsi ; heureux d’être des hommes libres, respectueux des idées des autres et qui attendent en retour le même comportement, parce qu’ils savent que ce pays le permet, parce qu’est inscrit dans leur mémoire le dur combat de la lumière contre l’ombre : peut-être laïques sans le savoir, mais déterminés à ce qu’il en soit toujours ainsi ; continuer à maintenir et garantir ce qui est commun aux hommes, le caractère universel de la laïcité. Dans la construction de l’Union européenne, la France étant le premier pays au monde à avoir introduit une séparation totale entre le politique et le religieux, a un rôle essentiel à jouer auprès des autres nations afin qu’elles adoptent une attitude semblable, sans laquelle cette Union, déjà dans une maïeutique douloureuse, ne verra jamais le jour ; tout en se préservant, car porteuse d’une telle loi elle sera – c’est bien commencé – la cible principale des attaques des adeptes d’un système théocratique que la démocratie dérange.

A la base de toute coexistence politique, culturelle, éducative, il y a nécessairement occultation de tout symbole religieux, de tout ce qui relève de la conscience individuelle : croire au Ciel ou n’y pas croire, est du domaine de la vie privée ; et par définition ce qui est privé ne peut être montré en public. Il est faux de penser qu’un climat de confiance réciproque puisse s’instaurer entre enseignants-enseignés en présence de signes religieux ; ils sont au contraire bloquants et source de perversion de l’intention pédagogique qui demande, pour s’exprimer, une totale liberté de concentration. Cette coexistence aujourd’hui n’existe plus et il est temps que les pouvoirs publics agissent. Pour cela il n’est pas nécessaire, comme on l’entend dire ici ou là, de légiférer à nouveau, ou de créer une « mission des signes religieux » ; nous demandons seulement que la loi en vigueur soit respectée et très précisément l’article 10 de la Déclaration des droits de l’homme, comme l’a confirmé le président de la République. Faut-il le rappeler : « Nul ne peut être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la loi. » Or, la preuve est faite aujourd’hui que depuis plus de dix ans, c’est bien la manifestation des opinions religieuses qui trouble l’ordre dans les établissements scolaires publics. En conséquence de quoi, il suffira au ministre concerné de demander à ce que chacun, dans l’ensemble du service public, ceux qui y travaillent, et dans les établissements scolaires ceux qui y travaillent comme ceux qui les fréquentent, de s’abstenir dorénavant d’afficher tout emblème symbolisant une opinion, fût-elle religieuse.

DUFFORT Bertrand ( Président de l’association Athéisme International )

Texte publié dans le journal l’Humanité du 9 juillet 2003


Commentaires

Brèves

7 novembre 2012 - émission " OUVERT LA NUIT " diffusée par France Inter.

à l’attention de Monsieur Alexandre Héraud
Bonjour,
Dans votre émission d’hier soir (mardi 6 nov. (...)

25 avril 2008 - L’Opium du Peuple

Notre ouvrage :
format:15x24 cm
324 pages
Prix 22 Euros EN VENTE DANS TOUTES LES LIBRAIRIES (...)

17 avril 2007 - Laïcité universalité

Ainsi c’est donc fait : c’est le pire des deux candidats à la présidence de la République qui a été (...)

4 décembre 2005 - La Laïcité "vache à lait"

Sous prétexte de débat TV sur le thème de la Laïcité nous avons une fois de plus assisté aujourd’hui (...)