SEUL l’homme EST

mardi 23 décembre 2014
par  Le Président

Il y a deux cents ans, le deuxième jour du mois de décembre, décédait un athée dont à son époque on disputa sa vie et ses écrits, dont on en discuta longtemps ensuite, et dont on se chamaille encore maintenant de savoir s’il est un écrivain, un philosophe, un libertin ou tout simplement un salaud comme on l’a entendu dire récemment ; alors, un salaud lumineux, oui, puisqu’il était dans le siècle des Lumières !

On ne pouvait pas terminer cette année sans l’honorer ; vous l’aurez reconnu, il s’agit bien de Donatien-Alphonse-François, comte de Sade, dit marquis de Sade ( 1740-1814 ). Présent dans notre anthologie : L’Opium du peuple.

Beaucoup en parlent, peu le connaissent ; son œuvre demeura longtemps sous le boisseau tant il passa au crible de sa critique et de son imaginaire dévastateur, les mœurs et les idées de la société bourgeoise calée dans l’hypocrisie théologico-politique.
Mais c’est là la force de l’intellectuel et de l’écrivain, au risque de déranger, de déplaire ; il passa près de trente ans enfermé (Vincennes, Bastille et Charenton ) pour défendre la liberté, et pour écrire par exemple ceci :

FRANÇAIS, encore un effort
Si vous voulez être républicains !
( Extrait )

« Français, vous frapperez les premiers coups : votre éducation nationale fera le reste ; mais travaillez promptement à cette besogne ; qu’elle devienne un de vos soins les plus importants ; qu’elle ait surtout pour base cette morale essentielle, si négligée dans l’éducation religieuse. Remplacez les sottises déifiques, dont vous fatiguiez les jeunes organes de vos enfants, par d’excellents principes sociaux ; qu’au lieu d’apprendre à réciter de futiles prières qu’ils se feront gloire d’oublier dès qu’ils auront seize ans, ils soient instruits de leurs devoirs dans la société ; apprenez-leur à chérir des vertus dont vous leur parliez à peine autrefois et qui, sans vos fables religieuses, suffisent à leur bonheur individuel ; faites-leur sentir que ce bonheur consiste à rendre les autres aussi fortunés que nous désirons l’être nous-mêmes… Ne perdons jamais de vue que ce sont des hommes libres que nous voulons former et non de vils adorateurs d’un dieu. Qu’un philosophe simple instruise ces nouveaux élèves des sublimités incompréhensibles de la nature ; qu’il leur prouve que la connaissance d’un dieu, souvent très dangereuse aux hommes, ne servit jamais à leur bonheur, et qu’ils ne seront pas plus heureux en admettant, comme cause de ce qu’ils ne comprennent pas, quelque chose qu’ils comprendront encore moins ; qu’il est bien moins essentiel d’entendre la nature que d’en jouir et d’en respecter les lois ; que ces lois sont aussi sages que simples ; qu’elles sont écrites dans le cœur de tous les hommes, et qu’il ne faut qu’interroger ce cœur pour en démêler l’impulsion. S’ils veulent qu’absolument vous leur parliez d’un créateur, répondez que les choses ayant toujours été ce qu’elles sont, n’ayant jamais eu de commencement et ne devant jamais avoir de fin, il devient aussi inutile qu’impossible à l’homme de pouvoir remonter à une origine imaginaire qui n’expliquerait rien et n’avancerait à rien. Dites-leur qu’il est impossible aux hommes d’avoir des idées vraies d’un être qui n’agit sur aucun de nos sens. L’ignorance et la peur, leur direz-vous encore, voilà les deux bases de toutes les religions. »

La Philosophie dans le boudoir, ( 1795 ), Jean-Jacques Pauvert, 1970, Œuvres complètes, XXV, p. 210.


Commentaires

Brèves

20 février 2013 - La bonne idée

Émergeant a contrario du flot de banalités déversées par les medias en ce début d’année, nous avons (...)

1er décembre 2011 - Bessières

Le pianiste, accordéoniste et compositeur Louis BESSIÈRES vient de décéder à l’âge 98 ans. Si (...)