Laïcité. HENRI PENA-RUIZ

vendredi 6 février 2015
par  Gérard

Entretien au journal l’Humanité d’aujourd’hui.

« Il n’y a de « sacré » que pour les croyants ! Depuis quand les sentiments particuliers d’une partie de la population doivent-ils dicter la loi commune ?

Extraits

« La seule boussole, c’est l’universel. Or la croyance religieuse n’est pas universelle. Donc aucune loi ne peut en dériver. Le délit de blasphème est totalement inacceptable dans une République laïque. Il est parfaitement compréhensible qu’un croyant puisse se sentir offusqué par une satire, par une caricature, par une critique violente. Mais c’est la même chose pour un athée ! Les religieux ne s’en privent pas, quant à eux, de fustiger les athées, de les présenter comme des vecteurs d’immoralité. Rouco Varela, le cardinal de Madrid, un néofranquiste notoire, ne se gêne pas pour dépeindre les athées comme des monstres. Faut-il lui interdire de tenir de tels propos ? Non ! Laissons-le dire, comme nous devons laisser les athées libres de critiquer, de moquer, de caricaturer les religions. Oui, la caricature offusque les croyants. Mais depuis quand les sentiments particuliers d’une partie de la population doivent-ils dicter la loi commune ? Si les croyants obtenaient que la loi punisse toute critique ou caricature des croyances, les athées seraient en droit d’exiger que soit punie par la loi toute critique de l’athéisme. Les communistes pourraient demander la pénalisation de tout amalgame entre communisme et stalinisme. On n’en finirait plus ! Toute opinion serait guettée par la censure…
Une démocratie ne peut interdire l’expression d’un point de vue dès lors qu’il heurte quelqu’un. Cette revendication de protection juridique des croyances ne concerne pas seulement certains musulmans. Lorsqu’il était archevêque de Paris, Mgr Lustiger a créé l’association Croyance et Liberté. Celle-ci poursuivait en justice toute mise en cause du catholicisme et du christianisme. Souvenons-nous que l’Espace Saint-Michel ( Salles de cinéma ), dans le Quartier latin, à Paris, a été incendié pour avoir projeté La Dernière Tentation du Christ, de Martin Scorsese…

La critique d’une religion vise des idées, des croyances, pas des personnes. Ce n’est pas en établissant le délit de blasphème que l’on résoudra les discriminations qui ferment les portes de l’emploi aux enfants d’immigrés vivant en Seine-Saint- Denis…

Seule une partie de la gauche a abandonné le combat laïque. Essentiellement au Parti socialiste, dans la deuxième gauche qui, par clientélisme électoral ou par approche compassionnelle, a corrompu, perverti le principe de laïcité. Quant à Marine Le Pen et au Front national, ils ne sauraient en aucun cas se réclamer du combat laïque. Les récentes déclarations de Jean-Marie Le Pen sont d’ailleurs claires. Il affirme que sa fille n’a utilisé la notion de Laïcité que de façon « contingente ».


Commentaires

Logo de Salaves
Laïcité. HENRI PENA-RUIZ
dimanche 8 février 2015 à 00h52 - par  Salaves

H.Pena-Ruiz est un des meilleurs spécialistes de la laïcité. Tous ceux qu’on entend ces jours-ci dans les médias sont plus ou moins disposés à des aménagements de la loi pour soi-disant s’adapter à une nouvelle donne qui serait la présence actuelle de l’islam, une religion pratiquement absente lors de l’écriture de la loi de 1905, à part dans les colonies. Un mauvais prétexte, car c’est une loi qui vaut pour toutes les religions.
C’est assez incroyable qu’après l’assassinat de personnes athées par des fanatiques religieux, la situation risque d’être retournée à l’avantage des religions.
Mais, H. Pena-Ruiz est assez modéré quand il dit que seule une partie de la gauche a abandonné le combat laïque. Souligner en plus que cette partie est essentiellement au PS, j’en doute.
J’ai été moi-même au parti de gauche et je pense que lui, il y est encore, et je peux dire que beaucoup de gens à gauche de la gauche, comme on dit, ne savent pas comment s’y prendre avec les religions. Il en va de même dans tous les groupuscules trotskistes de toutes obédiences.
Sans oublier les pseudos anarchistes et autres libertaires du dimanche qui sont eux aussi dans la compassion.
Le problème vient essentiellement de l’islam, car à gauche quand il faut taper sur le judaïsme ou le christianisme on ne s’en prive pas. Mais l’islam, c’est la religion de la classe ouvrière d’origine immigrée, la plupart du temps celle qui est la plus exploitée. C’est la religion de la cause palestinienne, on n’y touche pas.
La religion est une consolation pour ces populations, elle tient là un rôle qui lui va bien, vendre du rêve est une de ses vocations.
Pour une partie des gens de gauche, mais pas eux seuls, s’en prendre à l’islam, c’est en rajouter à la misère de cette partie de la population et c’est donc pour cela qu’une grande partie de la gauche a beaucoup de réticences à s’attaquer à ces mythes.
Le NPA en premier qui dès son premier communiqué hurlait déjà qu’il ne fallait pas faire d’amalgames. Ce mot a été repris de tout côté et rien que de demander de quel amalgame il s’agissait était déjà très mal venu. Une extrême gauche qui a la mémoire courte, car elle devrait se souvenir que dans beaucoup de pays où dans les années 70 et début 80 existaient des composantes politiques progressistes, communistes et autres, toutes ont disparu dans le sang la plupart du temps et des régimes islamiques plus ou moins durs ont pris le pouvoir dans tous ces pays, sauf la Tunisie qui tente aujourd’hui de survivre après avoir elle aussi frôlée l’islamisme. Les religions dogmatiques, surtout le christianisme et l’islam ont vocation à dominer le monde et quand elles sont en position de domination, elles ne font pas de cadeaux. Un athée averti le sait bien.

L’autre importante raison qui fait que l’on voit avec bienveillance le fait religieux, c’est qu’ayant abandonné l’idée de pouvoir changer la société dans ses fondements, une grande partie de la gauche se contente de changements sociétaux comme on dit aujourd’hui. Elle tente toujours de se donner une étiquette de progressiste avec des réformes dites sociétales. À défaut de pouvoir obtenir de meilleures conditions de vie aux travailleurs pauvres, elle considère que leur obtenir des lieux de cultes et autres avantages liés à la pratique religieuse serait un grand progrès, mieux encore si la facture est réglée par tout le monde, les athées y compris.
Un exemple, cette semaine à France Inter, un reportage relatait l’existence de lieux de prières sur les lieux de travail. Il fut un temps où les travailleurs se bagarraient pour des douches, des crèches, des salles de détentes ou de sport, aujourd’hui il faut rajouter les lieux de prières !
Il n’y a pas que les hommes politiques de gauche ou de droite qui sont magnanimes avec les religions, il ne faut pas oublier tout le monde des médias, de la presse, tous ceux qui font l’opinion du jour.

La pression monte et nous les athées, nous ne sommes pas organisés pour nous y opposer efficacement. Si la plupart des Français ne sont pas croyants, ils ne sont pas non plus des athées militants. Ils ne feront pas pression sur les politiques. Les politiques sont sensibles aux minorités dans les démocraties, la nôtre un peu plus que les autres, car souvent les élections se gagnent proche de la barre des 50% et dans ce contexte le poids du vote d’une minorité peut être déterminant.
Tel Henri IV qui pour le pouvoir changea de religion, je suis convaincu que dans la compétition actuelle pour ce même pouvoir, les hommes politiques sont prêts à des compromis avec des minorités prenant ainsi le risque qu’elles se développent.

Le progrès de l’humanité ne passe pas par le rétablissement dans la sphère publique de religions qui sont persuadées que notre avenir est dans un autre monde. Les religions, c’est l’obscurantisme et aujourd’hui la nuit qui a recommencé à tomber sur beaucoup de régions du Monde, étale doucement, mais surement sont voile obscur sur nos consciences, un voile tenu par beaucoup de mains, des mains de droite et des mains de gauche.

Logo de Salaves
mercredi 11 février 2015 à 20h50 - par  Salaves

"Qui pour représenter les musulmans e, France ?"
C’est le titre de l’émission de France Inter à 19h20, "Le téléphone sonne" de ce mercredi 10 février.
Pour faire court, on a l’impression qu’en fin de compte le titre de cette émission n’a servi que de prétexte à savoir s’il faut ou pas aménager la loi de 1905 à la nouvelle donne que serait l’importance de la place de l’islam aujourd’hui dans la République.
On a tourné beaucoup autour du pot, mais à force on en est venu à parler des problèmes de financement que les croyants de cette religion ne peuvent pas assurer seuls. Un représentant du culte musulman en est même venu à dire qu’il pourrait y avoir plusieurs "laïcités" puisqu’aujourd’hui déjà cela existe avec la cohabitation du concordat de l’Alsace-Moselle.

Ça pousse, ça pousse ! Surtout qu’en on sait que cette station de radio, très bobos parisien, se veut dans l’air du temps. Un air qu’elle produit elle-même et qu’elle souffle vers des politiques toujours préoccupés de montrer que justement ils sont du côté de la modernité et du changement même si celui-ci n’est au final qu’une régression.

S’il arrive que la loi de 1905 soit à l’avenir revue et corrigée suite aux comportements hyper violents d’une certaine fraction de soi-disant croyants, le résultat sera que c’est toute une communauté religieuse qui risque d’en tirer un bénéfice et derrière elle toutes les autres religions qui s’engouffreront dans la brèche ainsi créer.

On pourra alors en tirer la conclusion que la violence religieuse, qu’elle que soit son niveau de discrédit dans la communauté au nom de laquelle elle dit agir, aura démontré une fois de plus que son pire ennemi est toute forme d’organisation sociale qui refuse de lui laisser la place qu’elle pense mériter.
Un livre saint dans une main, un glaive dans l’autre.

Brèves

4 mars 2014 - Football et laïcité en France

Communiqué de la FFF en date du 01/03/2014
La Fédération Française de Football, Association membre (...)

10 avril 2011 - ENCORE UNE ÉGLISE QUI DISPARAÎT

(AFP du 8. 4. 2011)
À l’avenir à Vandoeuvre-lès-Nancy, en Meurthe-et-Moselle, ceux qui (...)

6 avril 2011 - UN GESTE DE MAUVAIS GOÛT

(AFP du 6 avril 2011)
Le chef de l’Église catholique belge, l’archevêque André-Joseph Léonard, a (...)