Du Panthéon à la jupe des filles…respect de la laïcité !

mardi 12 mai 2015
par  Laurent Gensac

Il y a 11 ans, déjà ! une loi était votée interdisant des signes religieux trop visibles, comme la kippa, le voile des musulmanes et les croix chrétiennes, portés par des élèves dans les établissements scolaires de l’enseignement secondaire : la loi du 15 mars 2004. Ceci dans le respect plus général des lois de la République et notamment du principe de laïcité.

La réalité montre cependant que le non-respect de la laïcité n’est pas seulement le fait de citoyens ignorants, aliénés par la tradition religieuse, ou mal avisés ( nul n’est censé ignorer la loi ), on peut les comprendre tant les lois sont nombreuses et parfois nébuleuses ; mais qu’il est aussi le cas de ceux qui sont au faîte même de la connaissance et de la responsabilité de veiller à l’application des lois. On le dit : l’exemple vient d’en haut ! Voir ici « La laïcisation du Panthéon »

C’est ce qu’ a fait Jacques Lang sur France Inter ce 7 mai, à propos de la « jupe » de Sarah de Charleville-Mezière, collégienne dont l’entrée dans l’établissement a été refusée pour sa jupe considérée comme un signe religieux, en déclarant avec ironie : « Si on se met à mesurer la taille des jupes, des corsages…où va-t-on ? » ; par contre, à propos du Panthéon, il ne s’est guère manifesté pour exiger de ses camarades socialistes le respect de l’article 28 de la loi de 1905, interdisant tout signe religieux sur un édifice public !

Oui ! Monsieur Lang ! Où va-t-on avec cette République conduite par de tels républicains laïques ? Oui, lui précisément, qui est à l’origine, en 2002, du retour du religieux dans la vie publique, et bien sûr à l’école par sa désastreuse idée d’un « Enseignement du fait religieux dans l’école laïque » qui a entraîné des incompréhensions, suscité des conflits, accéléré le démantèlement de l’école publique et laïque. ( voir ici : Jardin d’Eden et La Charte de la laïcité à l’école )

Tel, aujourd’hui, le cas de la « jupe » en question.

La collégienne, donc, de confession musulmane porte une jupe, ça va se soi – quoique le pantalon sied bien aux filles – et le « foulard » marque de sa soumission religieuse à l’Islam, qu’elle retire avant d’entrer dans le collège, conformément à la loi du 15 mars 2004 relative aux ports de signes religieux interdits à l’école. Cette fois l’administration du collège a considéré que la jupe qu’elle portait ( descendant jusqu’aux chevilles et de couleur noire ) avait aussi un caractère « islamique trop visible » et a exclu l’élève pour deux jours.

Réactions diverses, les medias s’en emparent, le rapporteur de l’Observatoire de la laïcité s’en mêle, etc…Bref on peut dire que, une fois encore la tranquillité, la sérénité entre les citoyens, c’est-à-dire l’ordre public a été troublé. Pourtant la loi de 1905 insiste bien sur ce point en précisant que la République garantit le libre exercice des cultes sous les seules restrictions édictées ci-après dans l’intérêt de l’ordre public ; et la première de ces restrictions est qu’elle ne reconnaît aucun culte. Alors pourquoi s’entêter à vouloir faire reconnaître son culte envers et contre tous, et contre la République ?

Quant à la loi du 15 mars 2004, on demeure stupéfait par la déclaration du rapporteur de l’Observatoire de la laïcité qui explique : « « Le sens de la loi de 2004 peut parfois être mal compris par les uns et les autres, les élèves comme les personnels des établissements scolaires »…Il n’est pas question qu’il y ait une police vestimentaire, ce qu’il faut examiner, c’est le comportement global de l’élève » .( Libération, 28/04/2015 )

En effet, à le lire il semblerait que la loi lorsqu’il ne s’agit ni de kipa, ni de foulard, ni de croix, mais d’un vêtement qui serait susceptible d’être prosélyte, ne soit pas très claire.

Pourtant il nous semble au contraire qu’elle est assez explicite car elle dit ceci :

« Elle ( la Loi ) n’interdit pas les accessoires et les tenues qui sont portés communément par des élèves en dehors de toute signification religieuse. ( Ce qui est le cas ici )

En revanche, la loi interdit à un élève de se prévaloir du caractère religieux qu’il y attacherait, par exemple, pour refuser de se conformer aux règles applicables à la tenue des élèves dans l’établissement. »*

Par conséquent, au lieu de tergiverser, de tenter d’interpréter, il n’y a qu’une seule chose à faire, savoir si l’élève se prévaut du caractère religieux de son vêtement. Et pour cela il n’y a qu’une seule façon de procéder, c’est de lui poser purement et simplement la question : Ton vêtement a - t-il un caractère religieux oui ou non ?

L’élève se trouve alors confronté avec sa conscience, son honnêteté dans son rapport à Dieu ; mais cela ne regarde pas la République.

Selon sa réponse l’administration n’a plus qu’à trancher.

D’ailleurs la mère de la jeune fille a fait savoir « rapidement » que sa fille « ne portera plus cette tenue en cours », comme quoi…l’idée de provocation était peut-être sous-entendue.

Alors arrêtons de créer des conflits là où il ne doit pas y en avoir, appliquons la loi et la laïcité vivra, qu’il s’agisse de la croix inacceptable sur le dôme du Panthéon ou de la jupe sournoise d’une élève.

Laurent Gensac

*Ministère de l’Éducation nationale, Bulletin Officiel [B.O] n° 21 du 27 mai 2004

Circulaire N° 2004-084 Du 18/05/2004

( Texte adressé aux rectrices et recteurs d’académie ; aux inspectrices et inspecteurs d’académie, directeurs et directrices départementaux de l’Éducation nationale )


Commentaires

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Laïcité
jeudi 14 mai 2015 à 04h12 - par  Prouin Guy

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Une pensée unique impose l’idée que la morale est subjective. Cette conviction interdit l’éducation et l’enseignement de la morale dans les établissements publics. Ainsi, l’école ne participe pas à la réduction des inégalités de l’éducation. Nombre d’enfants ne bénéficient d’aucune formation morale et sont livrés à l’influence d’un environnement délétère.
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Laïcité
mercredi 13 mai 2015 à 19h35 - par  Berlherm

Laïcité : "L’état ne reconnait aucun culte"
Le terme "reconnait" exprime bien plus que de la séparation. Il exprime le rejet de tout culte en tant que porteur de principes moraux ou directeurs dans quelques domaines que ce soit, et donc tout ce qui concerne les lois et les règles de la société.