Donner à lire ( 2 ) TRAITE DES TROIS IMPOSTEURS

mardi 11 août 2015
par  Atheïsme International

Nous donnons à lire cette fois l’ouvrage indiqué ci-dessus.
C‘est un ouvrage du XVIIème siècle ; anonyme, parce qu’écrit dans un siècle où son contenu l’aurait condamné de toute évidence à l’autodafé et son auteur au bûcher.

L’histoire de ce petit livre veut qu’il aurait eu plusieurs auteurs, le principal en serait Baruch Spinoza mort en 1677 ; Pierre Bayle, son contemporain, n’hésita pas d’ailleurs à le cataloguer parmi les athées à propos de son Traité théologico-politique ; au 18ème siècle le déiste Voltaire composa de son côté en 1769 sa fameuse Épître 104 adressée précisément à l’auteur du Traité des Trois Imposteurs, dont un vers, resté célèbre depuis : « Si Dieu n’existait pas il faudrait l’inventer. », fut repris par son homologue Robespierre, dans son aversion pour l’athéisme, lors de son discours du 1er frimaire an II ; même Victor Hugo, déiste absolu, le gratifia en 1870 de quelques 300 vers aussi acides : « L’homme meurt tout entier. Bien . Te voilà vainqueur, / O raisonneur fatal, c’est dit, je te l’accorde, /… Rien n’existe avant l’homme et rien n’existe après. / Soit… « Ah ! tu veux sonder l’immensité ? / Ah ! tu prétends savoir, homme, à quoi t’en tenir / Sur ce qu’on nomme Dieu, ciel, destin, avenir ? / Tu veux sonder le fond de tout et de toi-même ? / Mais où chercheras-tu la clef de ce problème ? »*

Aujourd’hui même, certains éditeurs de renom, paraissent atteints de frilosité à l’idée d’envisager de porter ce texte à la connaissance du grand public ; sans doute le poids du Ciel avec son fanatisme est-il encore présent dans les esprits, conséquemment aux attentats meurtriers de janvier dernier contre les caricaturistes du journal Charlie-Hedo.
C’est qu’en effet, ces Trois Imposteurs, il faut le dire, ne sont autres que Moïse, Jésus, Mahomet et Dieu à la fois.

Cependant des éditions récentes existent, avec des versions sensiblement différentes.
Fort heureusement la Bibliothèque nationale de France, il faut la féliciter, a donné à lire ce texte dans une version électronique en 2007 ; en outre elle possède dans sa Bibliothèque de l’Arsenal un exemplaire de ce livre qui fut imprimé – peut-être le seul – en Suisse à Yverdon en 1768 ; à quelques pas seulement de Ferney, commune française où résidait alors Voltaire !

Après lecture et comparaison faite des unes et des autres éditions, nous avons choisi en dernière instance et en toute confiance la version électronique de la Bibliothèque nationale de France, identique à celle du livre imprimé.

Si nous donnons à lire ce texte critique, c’est bien parce que, comme Marx, nous pensons que « l’abolition de la religion en tant que bonheur illusoire du peuple est l’exigence que formule son bonheur réel. Exiger qu’il renonce aux illusions sur sa situation, c’est exiger qu’il renonce à une situation qui a besoin d’illusions. La critique de la religion est donc en germe la critique de cette vallée de larmes, (1) dont la religion est l’auréole. »( 2 )

C’est pourquoi la lecture du Traité des Trois Imposteurs, dans une république laïque en proie au retour inconcevable de l’obscurantisme religieux, garde encore aujourd’hui toute sa portée, tant au plan historique que moral, social et politique, ce que développe Yvon Quiniou dans sa présentation.


*Victor Hugo, Œuvres poétiques complètes, Religions et religion, A Spinosa, Pauvert, 1961, p. 991-993.
( 1 ) Expression d’un chant grégorien du 12ème siècle dédié à la Vierge Marie : in hac lacrimárum valle.
( 2 ) Voir Karl Marx, Critique de la philosophie du droit de Hegel, Introduction, 1843, in L’Opium du peuple, Le Temps des Cerises, 2008, p. 161.


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