Laïcité : L’art du bidonnage médiatique bat son plein !

dimanche 18 octobre 2015
par  Laurent Gensac

Même une très sérieuse agence de presse comme l’AFP, où toute information est soigneusement vérifiée, contrôlée, ô combien ! se laisse aller et enfourche le cheval du parler-faux, du boniment, de la contrevérité, du mensonge !
Ainsi ce 14 octobre elle met en ligne une dépêche* intitulée :
Cinq ans après, quelle portée pour la loi sur le voile intégral ?

Vous avez bien lu ; oui, oui, vous avez bien lu et bien compris : il existe en France une loi qui a pour nom : Loi sur le voile intégral, et cela depuis 5 ans !
Et vous ne le saviez pas ? Voyez ! Il faut être attentif et ne pas hésiter à vérifier si des fois le doute vous ronge ! Ah ! Vous doutez, vous n’êtes plus si sûr à présent ? Hein ???

Pourtant le laïus qui suit, confirme : « En interdisant le voile intégral en 2010 la France a provoqué de moults remous et polémiques…. Promulguée en octobre 2011 la loi interdisant le niqab a provoqué de nombreux débats dans l’Hexagone et au niveau international… » Et patati et patata…

Ah ! Vous êtes dépité, et vous pensez que si ce que vous lisez-là n’était pas vrai, on ne pourrait pas l’imprimer, que des journalistes ne peuvent à ce point diffuser de fausses affirmations !

Mais c’est toute l’astuce, la technique du bidonnage écrit ou parlé : faire croire une chose qui n’existe pas ; on prend un fond de vérité, on le triture, le malaxe, l’agrémente, on le déforme afin d’en faire une autre vérité, une vérité fabriquée, défigurée conduisant à des idées pas très ragoutantes comme stigmatiser le fait religieux au lieu de l’apaiser, tenter d’opposer les spiritualités, d’encenser des modèles du vivre ensemble différents du nôtre, allant même à l’opposé de ce qui est prévu par la loi définissant la laïcité en France, c’est-à-dire un espace public non-confessionnel, sans référence religieuse. Il s’est même trouvé des sophistes pour demander que le port de la barbe soit considéré comme un signe religieux, feignant d’ignorer qu’à l’origine, il y a quelque huit millions années, Dieu n’existait pas encore, le primate que nous étions était velu de partout.

Et on compte beaucoup sur les supports médiatiques et sur les lecteurs naïfs qui vont gober cette idée, la reprendre, la colporter, la relayer à satiété jusqu’à ce que le citoyen mal ou peu informé pense que c’est là la vérité, et qu’il doit l’accepter comme telle.

Alors disons-le tout net cela est faux, il n’y aucune loi en France libellée ainsi :
Loi sur le voile intégral.

L’écrire dans une dépêche, c’est du bidonnage journalistique dont la seule intention est de discréditer l’authentique loi, afin qu’on la modifie pour satisfaire les cultes ; c’est là une attitude antirépublicaine qu’il faut dénoncer et combattre.

La loi faussement nommée et remise en question par ce journaliste est celle-ci :

Loi n° 2010-1192 du 11 octobre 2010 interdisant la dissimulation du visage dans l’espace public.

C’est déjà tout à fait différent dans la dénomination !
Aussi on comprendra aisément qu’il n’y a rien d’étonnant que le port du voile intégral s’inscrive dans les interdictions prévues par cette loi et que les tenues visées soient rappelées dans la Circulaire ministérielle du 2 mars 2011. Cela est tout à fait légal.

Rappelons donc ci-dessous les Articles 1 et 2 de la dite Loi :

Article 1
Nul ne peut, dans l’espace public, porter une tenue destinée à dissimuler son visage.
Article 2
I. ― Pour l’application de l’article 1er, l’espace public est constitué des voies publiques ainsi que des lieux ouverts au public ou affectés à un service public.
II. ― L’interdiction prévue à l’article 1er ne s’applique pas si la tenue est prescrite ou autorisée par des dispositions législatives ou réglementaires, si elle est justifiée par des raisons de santé ou des motifs professionnels, ou si elle s’inscrit dans le cadre de pratiques sportives, de fêtes ou de manifestations artistiques ou traditionnelles
*

Alors, celle-ci ou celui-là, qui s’acharne ostensiblement, par son vêtement ou autre, à vouloir faire reconnaître son culte, se met dans l’illégalité républicaine française, puisqu’au contraire la loi de 1905 sur la laïcité dans « son principe » et « dans l’intérêt de l’ordre public ne reconnaît aucun culte ».

Si bien que le chien de garde de l’information se rend complice d’une telle situation conflictuelle en bidonnant sa dépêche pour semer le trouble et le désordre chez les citoyens, et dans le bon fonctionnement de la République.

*Lire la dépêche

Laurent Gensac


Dépèche AFP

Cinq après quelle portée pour la loi sur le voile intégral AFP 14 10 2015 09h20

En interdisant le voile intégral en 2010, la France a provoqué moults remous et polémique. Cinq après, la portée de la loi s’avère finalement très limitée.
Promulguée en octobre 2011, la loi interdisant le niqab en France a provoqué nombres débats dans l’Hexagone et au niveau international. Aujourd’hui, elle concerne peu de femmes, les forces de police ne sont pas enclines à verbaliser ce type d’infractions et un mécène paie une grande partie des amendes données.

Stéphanie, une Française de 40 ans convertie à l’islam considère que "la loi n’a découragé personne". Elle n’a d’ailleurs pas lâché son voile intégral qu’elle porte depuis les années 90. Malgré des contacts plus réguliers avec les forces de police, cette maman de Nice plaisante. "Ils me connaissent bien maintenant". Et pour les amendes, entre 2000 et 3000 euros depuis 2011, elle n’en fait aucun cas puisqu’elles ont été réglées par un mécène.

Cependant, quand la loi passe en octobre 2011, la communauté musulmane française, la plus importante d’Europe avec environ 5 millions de personnes, a manifesté son mécontentement avec vigueur, craignant à l’époque d’être "stigmatisée". Pourtant l’interdiction de dissimuler son visage dans l’espace public ne concerne qu’environ 2000 femmes en France. A l’époque, des associations de défense des droits de l’Homme, comme Amnesty International, avaient aussi exprimé leurs réserves.
A l’étranger, la disposition est contestée par les pays musulmans mais aussi par le gouvernement américain très attaché à la liberté de culte. L’affaire va jusqu’au chef d’Al-Qaïda, Oussama ben Laden, qui, dans une vidéo fin 2011, a appelé les musulmans à riposter.
Ce n’est pas le cas d’autres pays européens, notamment la Belgique, qui a fait passer une loi à la même époque que Paris. Saisie par une adepte de la burqa, la Cour européenne des droits de l’Homme (CEDH) validera la loi en 2014, jugeant que vouloir préserver "les conditions du "vivre ensemble" est un objectif légitime".
Aujourd’hui, la polémique est bien retombée et pour cause : seules 1546 verbalisations ont été établies depuis 2011, dont plusieurs pour les mêmes femmes, selon un décompte officiel arrêté au 1er septembre. Quant aux rares amendes infligées, elles ont été d’autant moins dissuasives qu’un homme d’affaires algérien adepte des coups médiatiques, Rachid Nekkaz, s’est donné pour mission d’en régler l’essentiel. Ce promoteur immobilier affirme agir au nom du "respect des libertés fondamentales", tout en se disant hostile au port du niqab. Il a indiqué avoir réglé vendredi sa 973e amende.

"Tous ces débats ont prêté à confusion", mettant parfois à l’index des femmes portant un simple hijab (qui ne couvre pas le visage), estime une source proche de l’Observatoire de la laïcité, un organe consultatif chargé de veiller au respect de la neutralité religieuse par l’Etat. "Et cela a pu alimenter un discours victimaire. Pas sûr que cette loi soit efficace...", ajoute cette source.


Commentaires

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Laïcité : L’art du bidonnage médiatique bat son plein !
vendredi 27 novembre 2015 à 14h58 - par  Le Président

A ce propos on apprend aujourd’hui* que la Cour européenne des droits de l’homme a confirmé une décision au nom du principe de laïcité de la justice française concernant une assistante sociale de l’Hôpital de Nanterre qui avait, en 2000, refusé d’ôter son voile à l’intérieur de l’établissement.
La CEDH a noté qu’il y avait bien eu ingérence dans le droit de cette femme à manifester sa religion mais que cette ingérence "poursuivait un but légitime, à savoir la protection des droits et libertés d’autrui".
On ne le répètera jamais assez : pourquoi, en France, vouloir faire reconnaître ostensiblement, dans l’espace public, son appartenance à une religion, alors que la loi sur la laïcité stipule bien dans son principe que la « République ne reconnaît aucun culte ».
Cela finit par être vécu comme une provocation et même comme une forme de mépris, comme le souligne la CEDH, vis-à-vis de la liberté de pensée d’autrui.

*sputniknews.com