Donner à lire (3) MARX - LA QUESTION JUIVE

mercredi 10 février 2016
par  Atheïsme International

Pour rester dans l’esprit du Donner à lire, celui de présenter des ouvrages, ou des extraits d’ouvrages peu connus, mais dont le fait religieux est au centre même de la réflexion de leurs auteurs, on propose cette fois la lecture d’un court écrit de Karl Marx de 1843 intitulé "La Question juive."*

Nous en avons déjà cité des extraits dans notre anthologie « L’Opium peuple » ; aujourd’hui il nous a semblé que, par les analyses qui y sont faites, tant du fait religieux que de l’État dans son rapport avec les communautés religieuses, que des droits de l’homme, et aussi par les évènements dramatiques nationaux et internationaux, mettant en avant quotidiennement le religieux, tant en France, qu’en Europe, qu’en Afrique ou au Moyen Orient, ce « donner à lire » s’insérerait bien dans la démarche qui est la nôtre.

Marx a vingt-cinq ans quand il écrit ces pages inspirées par l’ouvrage que vient d’écrire – dont il reprend le titre – Bruno Bauer ( hégélien de gauche ) enseignant, philosophe, historien et théologien protestant qu’il connaît bien pour avoir été son élève.

Deux ans auparavant il avait soutenu sa thèse de doctorat en philosophie dont le sujet : « Différence de la philosophie naturelle chez Démocrite et chez Épicure », le plaçait déjà loin des chimères du Ciel, pour en venir droit au but quant à l’homme et à sa vraie nature, aussi mentionnera-t-il : La philosophie ne s’en cache pas. Elle fait sienne la profession de foi de Prométhée : « En un mot, je hais tous les dieux. ».

On peut dire que son option philosophique, le matérialisme, a déjà pris corps dans sa pensée : la philosophie part de la nature et non pas de l’idée, pour s’allier enfin à la politique ; elle s’exerce ici, dans ce premier ouvrage, avec une indiscutable lucidité, tant dans la critique de l’État bourgeois que des droits de l’homme ou du christianisme et du judaïsme ; sa dialectique humaniste qui veut que « ce n’est pas l’État qui engendre la société civile, mais qu’au contraire c’est la société civile qui engendre l’État », va le conduire aussi à définir pratiquement le principe de la laïcité ; celle-là même que les républicains français adopteront, après le débat houleux qu’on sait, en 1905 en en faisant une loi ; mais que dramatiquement, depuis 2002, la classe politique, gauche-droite confondues, s’acharne à vouloir dénaturer : « L’émancipation politique, [écrit-il] du Juif, du chrétien, de l’homme religieux en un mot, c’est l’émancipation de l’État du judaïsme, du christianisme, de la religion en général… l’État s’émancipe de la religion en s’émancipant de la religion d’État, c’est-à-dire en ne reconnaissant aucune religion, mais en s’affirmant purement et simplement comme État. »

« La Question juive » qui ne parut qu’en 1923 a été publiée par Marx à Paris où il s’était installé, en 1843 ; son texte est mentionné à la Table des matières de l’unique numéro des Deutsch-Französische Jahrbücher ( Annales franco-allemandes ) de février 1844, revue qu’il dirigeait alors avec Arnold Ruge.

* Karl Marx, « La Question juive », 1843 – suivie de Bruno Bauer, « La Question juive », 1843, Union Générale d’Éditions, Paris : 1968, trad. Jean-Michel Palmier, introd. Robert Mandrou, col. 10/18, n° 412, 183 p.


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