DE LA CRISE DE FOI

jeudi 17 février 2011

Récemment – ce 6 février – un grand journal d’information français a « interrogé les Français sur leur foi en Dieu ». Oh ! Surprise il ressort de ce sondage que nous – les athées – sommes aussi nombreux que les croyants.

En fait, il y a bien longtemps que nous savions cela ; ce n’est pas seulement par la désaffection progressive des établissements de cultes, mais plutôt par pudeur, par prudence, ou simplement par discrétion, que les citoyens en général ne répondaient pas franchement à cette question. Mais aujourd’hui, avec l’extraordinaire développement du moyen de connaissance et d’échange que représente Internet, la liberté d’expression a progressé rapidement, notamment dans des domaines où elle pénétrait peu comme la philosophie, la politique, l’économie, la sociologie et bien évidemment, il ne pouvait y faire exception, celui des religions. Pour ne prendre qu’un exemple les Encycliques papales, dont la lecture, hier encore, demeurait l’apanage d’exégètes, peuvent être à présent en quelques secondes connues de tous. Ca change tout. On lit, on dialogue, on agit.
Que les bouches s’ouvrent et la raison apparaît.

Et nécessairement cette constatation ne peut venir que de ceux qui sont en première ligne à la fois dans l’acquisition des connaissances, dans la réflexion et dans l’insertion sociale ; c’est-à-dire les jeunes de 18 à 24 ans : ils sont 63% à penser que « ce n’est pas Dieu qui donne un sens à leur vie. » Qui s’en étonnerait quand on sait que c’est aussi la tranche d’âge la plus touchée par le chômage !

Nous n’avons pas la présomption de penser que cette baisse serait due à notre action, ainsi qu’à celle de quelques autres qui s’activent dans le même sens, mais elle y apporte indéniablement son tribut. Ceux que nous critiquions, qui, en l’an 2000, criaient haut et fort que ce siècle serait spirituel – entendant par là, religieux – constatent avec effroi qu’il n’en est rien, mais que la voie dans l’avenir de l’humanité s’ouvre sur une direction opposée, celle comme le disait Marx qui veut que : « l’abolition de la religion en tant que bonheur illusoire du peuple est l’exigence que formule son bonheur réel ».

Seules, avec 36%, les classes aisées restent fidèles à Dieu ; sans doute parce que dans ce milieu on a toujours loué le couple Dieu – argent, et pratiqué plus souvent le culte de l’agiotage que celui de la prière. Mais là aussi, comme un peu partout sur la planète, l’avenir s’assombrit et le couple est rejeté par les populations ; même si les luttes sont encore inégales la loi du nombre finira par l’emporter.


Commentaires

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DE LA CRISE DE FOI
vendredi 18 mars 2011 à 20h13 - par  Diogenedarc

Bonjour,
Je ne voudrais pas casser l’ambiance, mais au Brésil, où j’habite, une recente enquête officielle montre que dans le pays il y a seulement 2 % de gens qui se déclarent (ou osent se déclarer) athées !
J’écris osent car, comme le révèle l’association ATEA (Associação Brasileira de Ateus e Agnósticos), le poids de la religion (et des sectes évangélistes) est tel au Brésil que les athées déclarés sont victimes de brimades (à l’emploi par exemple). Les évangélistes sont par exemple les plus puissants promoteurs immobiliers ici. J’habite dans une ville de l’intérieur, loin des métropoles et du littoral (Imperatriz dans le sud du Maranhão – voir mon blog-). Des propos de ce genre sont courants ici : « un athée a essayé de tuer ma fille de 6 ans seulement parce qu’elle a dit qu’elle croyait en Dieu », « só um sujeito sem deus no coração poderia ter estuprado e matado essa menina » traduction : « c’est seulement un type sans dieu dans son cœur et il est capable de violer et tuer cette fillette »…
J’ai également entendu qu’en France, les évangélistes marquaient des points notamment dans les banlieues. Qu’en pensez-vous ?

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dimanche 20 mars 2011 à 17h14 - par  Le Président

Non je vous rassure tout de suite les évangélistes pentecôtistes ne peuvent intervenir ainsi dans la vie privée des citoyens en France. La liberté de conscience est garantie par la Constitution et la République est laïque, c’est-à-dire qu’elle ne reconnaît aucun culte. Ainsi la religion est du strict domaine de la vie privée de chacun.
Il existe ici, vous le savez de grandes organisations syndicales indépendantes de toute religion défendant les droits sociaux des travailleurs. Si bien que l’action des évangélistes se limite à la seule diffusion des leurs Evangiles. Mais nous sommes tous conscients qu’un acquis social, demeure un acquis, et que donc il peut être remis en question par le politique et le religieux réunis lors d’un rapport de force défavorable. Aujourd’hui le président de notre République s’autorise le droit d’envoyer des bombes sur un autre peuple pour des causes non pas de « révolution »- si c’était un révolutionnaire on s’en serait aperçu, dans notre pays on sait reconnaître ces gens depuis longtemps - mais à l’évidence économiques ; c’est très grave ; cela veut dire qu’il peut aussi bien retourner ses armes contre son propre peuple si besoin est : car les hommes qui meurent sous des bombes, qu’ils soient de là ou qu’ils soient d’ici, sont toujours des hommes. Et la raison sera toujours une bonne raison ! C’est pourquoi la vigilance et la lutte sont permanentes.
Si la situation catastrophique que vous décrivez existe au Brésil c’est sans doute aussi qu’entre le mouvement de libération théologique ( mais ces termes ne sont-ils pas antinomiques ! ) et les Pentecôtistes la lutte pour s’emparer des revendications sociales de la population, et la maintenir ainsi dans un sentiment de soumission, est serrée et même redoutable.
Rappelez-vous ces phrases du film de Glauber Rocha, Le Dieu noir et le Diable blond :
« …La terre est à l’homme, elle n’est ni à Dieu, ni au Diable. »
Bon courage.