La République a-t-elle encore un président

vendredi 22 octobre 2010

Par sa nouvelle visite officielle en terre vaticane, le 8 octobre, Monsieur Sarkozy persiste et signe dans les dérives de sa fonction de président de la République. « Je crois à la laïcité comme un principe de respect » dit-il ; en l’occurrence il devrait plutôt dire : je crois respecter le principe de la laïcité.

En se rendant auprès du chef de l’Église catholique, en évoquant le « lien si particulier qui a toujours uni le Siège apostolique à la France », en rappelant que « La France a 2000 ans d’histoire commune avec l’Église », en affirmant que la République et l’Église pourraient « travailler ensemble », en pratiquant ostensiblement la génuflexion, le signe de croix et la prière, il ne fait pas autre chose que de tenter de légaliser la reconnaissance d’un culte par la République.

Il feint d’oublier qu’en 1905 avec la loi du 9 décembre, les républicains de ce pays ont émancipé la République de la religion, de toutes les religions, en ce sens que si « La République garantit le libre exercice des cultes » ( Article. 1er ), elle « n’en reconnaît aucun ». ( Article. 2 ) Par leur caractère indissociable ces deux articles définissent clairement les Principes de la laïcité française ; par ce fait, depuis cette date les religions sont du domaine de la vie privée, et n’ont plus de lien avec l’État ; la République a ainsi permis à l’individu de s’émanciper politiquement de la religion en se comportant envers elle non plus comme envers une affaire publique, mais comme envers son affaire privée. On dira avec Marx que cette « coupure » de l’homme citoyen non religieux, d’avec l’homme particulier religieux, n’est rien d’autre que l’émancipation politique.

Or dans une attitude tout à fait contraire adoptée depuis quelques années, inspirée, dit-il, par la phrase : « Le XXIe siècle sera religieux ou ne sera pas » , absurdement prêtée à André Malraux , Monsieur Sarkozy s’efforce de ramener les cultes dans le giron de la République ; rappelons qu’en 2003 il créa le Conseil français du culte musulman ( CFCM ), qu’en 2004 il « croyait ( il affectionne particulièrement le verbe croire ) en une laïcité positive » et qu’en 2008 il répondit à l’invitation du Conseil représentatif des institutions juives de France ( CRIF ) lors de son repas annuel.

En agissant de la sorte il favorise immanquablement les particularismes religieux au détriment de l’égalité universelle des citoyens devant la République, quelles que soient leurs convictions. Alors que sa fonction de président l’oblige, par l’Article. 5, à veiller au respect de la Constitution , dont la laïcité de la République est confirmée par l’Article 1er , il s’évertue à vouloir renouer des relations intimes avec le monde religieux et cherche à rénover la loi du 9 décembre 1905 pour satisfaire les cultes avides de s’insérer dans l’espace public.

Mais les citoyens laïques d’ici ne sont pas dupes, ils affichent déjà leur réprobation ; ils la consolideront car ils s’opposent à sa politique de démantèlement de la République laïque.


Commentaires

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La République a-t-elle encore un président
mardi 22 mars 2011 à 09h46 - par  berlherm

On respecte un malade mais on ne respecte pas les maladies, on les éradique si possible. L’intelligence humaine est un phénomène qui permet l’adaptation, quand l’adaptation n’est plus possible c’est qu’il y a problème. La croyance est un phénomène de type virus informatique. Elle enferme les gens atteint dans un système de dénégation constante, de repli sur soi, d’égoïsme, et pire que tout de volonté d’imposer à l’autre un système de pensée non viable. Système de pensée sans base logique, et que pourtant le croyant veut imposer. La croyance est un excès de confiance en soi, en sa propre idée. Ce n’est pas la foi en un dieu existant. C’est la croyance qu’il y a un dieu, et cette croyance en cette existence divine, c’est celle du croyant. Le dieu lui-même n’a pas d’existence démontrable, et ceci suffit à prouver son inexistence...

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La République a-t-elle encore un président
mardi 14 décembre 2010 à 21h10 - par  Gérard

En outre, l’on apprend que le Sénat, majoritairement UMP, a adopté dans la nuit du 8 au 9 décembre (notons au passage un certain cynisme émanant de cet aréopage d’élus : la loi sur la laïcité ayant été votée par les républicains le 9 décembre 1905 ) un amendement au projet de budget 2011, allouant la somme de 4 millions d’euros à l’enseignement privé et catholique ; à peu près l’équivalent de 250 postes supplémentaires. Cet avantage accordé au motif que « les écoles privées sous contrat d’association rendent des services extrêmement appréciables aux communes dépourvues d’établissements publics ».
En vérité il s’agit d’un financement déguisé – comme cela se pratique depuis les lois Debré du 31 décembre 1959 ! – à la solde des contribuables pour l’entretien d’établissements, pour la plupart religieux et dont, bien souvent, la qualité de l’enseignement est surfaite.
C’est la raison pour laquelle nous restons fidèles au serment que nous avons prononcé le 19 juin 1960 à savoir : A école publique, fonds publics ! A école privée, fonds privés !
( Source : L’Humanité, 10/12/2010 )

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