A visage découvert

mercredi 3 février 2010

Après six mois de travaux la « Mission parlementaire d’Information sur la pratique du port du voile intégral sur le territoire national », a rendu ce 26 janvier ses conclusions. Il s’agissait pour le gouvernement de trouver une réponse à ce nouvel accoutrement religieux sur lequel le président de la République s’était prononcé devant le Congrès réuni à Versailles en juin 2009 en affirmant : « Je veux le dire solennellement, la burqa n’est pas la bienvenue en France ».

Il semble que pour cette Mission, présidée par André Gérin, député communiste, la solution ne fut pas simple à trouver, entre les partisans d’une loi d’interdiction totale du port de la burqa et ceux qui penchaient plutôt pour un compromis : observation du principe de laïcité, oui, mais ce principe ne s’applique, selon les lois du 9 décembre 1905 et du 15 mars 2004, que dans les « services publics ». Quand il s’est agi de savoir si une loi devait s’étendre à l’espace public, c’est-à-dire partout ailleurs, hors chez soi, aucun accord n’a pu intervenir, tant l’aspect juridique serait complexe reposant sur l’idée d’une intervention, voire limitation, de la liberté d’opinion, ce qui ne relève pas du principe de laïcité.

D’autant que le ministre de l’Immigration, de l’Intégration, de l’Identité nationale et du Développement solidaire précise que : « La religion musulmane doit avoir sa place dans l’espace public. Cet espace public n’est pas un lieu où les différences doivent s’effacer, mais le lieu où elles peuvent s’exprimer. La diversité des identités n’est pas un danger pour notre Nation républicaine : c’est, bien au contraire, l’uniformité qui la menacerait, faisant perdre aux individus leurs repères et suscitant ainsi la frustration.(16/12/2009)

Tue-Dieu ! Il n’empêche que la dissimulation du visage par ces femmes – mais s’agit-il toujours d’une femme ? Le doute est permis – interpelle, trouble, indispose, est insupportable ! Personne, sauf les faux-culs, et autres rabatteurs électoraux, ne peut soutenir le contraire. Alors pourquoi chercher, justement à se voiler la face ?

Pour nous athées et respectueux du principe de laïcité, il n’y a pas à sourciller, nous sommes catégoriquement opposés à cet accoutrement dans l’espace public de la République parce qu’il est un signe religieux ostentatoire, arrogant et méprisant pour autrui dans le seul fait qu’il dissimule le visage de la personne qui le porte ; alors la personne n’est plus personne, elle est la négation de la personne ; elle n’est plus rien, une ombre, un fantôme. Le malaise est là : c’est l’expression de la déraison.

Il est vrai que depuis quelques années, on a perdu un peu la tête ; entre ceux qui ont lancé pour slogan que le XXIème siècle serait « spirituel » et ceux qui l’ont pris au sérieux pour remettre au jour la philosophie spéculative et dans les classes l’enseignement du fait religieux, il n’est pas étonnant qu’aujourd’hui on en soit là : dans l’insensé, dans une reconnaissance déplorable de l’irrationnel…

S’il est jubilatoire, nul n’en disconviendra, de porter masque sur le visage pour fêter Carnaval, ou pour jouer la comédie, ou encore pour railler sur la voie publique, tel ou tel personnage public lors de manifestions, il n’en est pas de même dans le cas de la burqa.

Aussi, si le législateur veut intervenir efficacement, il y a urgence, il ne pourra le faire que dans le souci d’observation et de conservation de la raison dans les Institutions de la République, en ayant à l’esprit ce que disait Rousseau : « La raison n’est-elle pas le préservatif de l’intolérance et du fanatisme. »


Commentaires

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A visage découvert
samedi 24 juillet 2010 à 22h28 - par  Le Président

Texte de la loi

Principales dispositions du texte

Article 1er
Principe selon lequel « nul ne peut, dans l’espace public, porter une tenue destinée à dissimuler son visage ».

Article 2
Définition de la notion d’espace public comme regroupant les voies publiques, les lieux ouverts au public et les lieux affectés à un service public.
Définition des quatre exceptions au principe d’interdiction :
- les tenues prescrites par une loi ou par un règlement (port du casque pour les deux roues) ;
- les tenues autorisées pour protéger l’anonymat de l’intéressé (statut des témoins dans certains procès pénaux) ;
- les tenues justifiées par des raisons médicales (masques en cas d’épidémie, masques respiratoires, bandages) ou des motifs professionnels (agents des forces de l’ordre, travaux de soudage, de sablage, de désamiantage, de dératisation, de désinsectisation des navires) ;
- les tenues qui s’inscrivent dans le cadre de fêtes (déguisements de carnaval, de père Noël) ou de manifestations artistiques (acteurs de cinéma, de cirque ou de théâtre) ou traditionnelles (processions, notamment religieuses).

Article 3
Sanction de la violation de l’interdiction de dissimuler son visage dans l’espace public : contravention de deuxième classe, punie d’une amende d’un montant maximal de 150 euros, à laquelle peut s’ajouter ou se substituer l’obligation d’effectuer un stage de citoyenneté.

Article 4
Création d’un délit d’instigation à dissimuler son visage, puni d’un an d’emprisonnement et de 15.000 euros d’amende.

Article 5
Entrée en vigueur, 6 mois après la publication de la loi, des articles 1er à 3 (en revanche, l’article 4 portant sur l’instigation à dissimuler son visage sera d’application immédiate).

Article 6
Application de la loi sur l’ensemble du territoire de la République, tant en métropole qu’outre-mer.

Article 7
Transmission au Parlement d’un rapport élaboré par le Gouvernement faisant le point sur l’application de la loi à l’issue d’un délai de 18 mois suivant sa promulgation.

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A visage découvert
vendredi 23 juillet 2010 à 22h19 - par  Le Président

L’Assemblée nationale vient d’adopter, en première lecture ce 13 juillet, le projet de loi interdisant la dissimulation du visage dans l’espace public.
Cette loi va tout à fait dans le sens que nous avions défini ici même, à savoir que se présenter dans l’espace public le visage totalement dissimulé est une attitude contraire au bon sens ; à ce bon sens qui « est la chose la mieux partagée au monde »*, à l’exigence de rationalité qui règle, depuis les Encyclopédistes et la République, les rapports entre les citoyens de notre pays. Principe incontournable, inaliénable. L’échange, la relation, le dialogue base de toute connaissance, de progrès, de coexistence entre les individus, entre les citoyens, ne peut avoir lieu au travers d’oripeaux tendant à troubler l’intelligible. Bien entendu on sait que cette loi vise surtout aujourd’hui le port de la burqua ; mais elle ne doit pas faire l’objet d’interprétations scabreuses et y voir inévitablement une stigmatisation systématique de l’Islam. Elle pourrait aussi s’exercer à l’encontre d’autres cultes, tant certains font tout ce qu’ils peuvent pour travestir leur visage. Elle n’est ni inopportune ni dangereuse, comme on a pu le lire. « La loi, en général, est la raison humaine, en tant qu’elle gouverne tous les peuples de la terre ; et les lois politiques et civiles de chaque nation ne doivent être que les cas particuliers où s’applique cette raison humaine. »**
La croyance est une chose, qui relève du seul domaine de la vie privée ; aussi la montrer avec trop d’ostentation, comme les extrémistes de toutes les religions, agace, indispose et finit par « troubler l’ordre public ». On voit même des sportifs ou des entraîneurs « se signer » en entrant dans l’espace public qu’est un stade ; il serait tellement mieux qu’ils le fissent avant discrètement ; on entend aussi sur des chaines de radio ou de télévision publiques des journalistes, chroniqueurs, animateurs, lâcher des expressions du genre : « Dieu merci ! » ou des : « Grâce à Dieu ! », ce n’est pas culturel, c’est cultuel ; ce n’est pas anodin, c’est sournois. Il faut veiller puis dénoncer ces débordements qui ne font que diviser la société en communautés et déstabiliser la paix républicaine.
Tout aussi inadmissible fut l’inauguration de la mosquée d’Argenteuil dans le Val d’Oise par le Premier ministre en juin dernier. Ce n’est pas parce que « la République garantit le libre exercice des cultes » qu’un de ses représentants se doit d’intervenir dans cet espace privé, la République ne reconnaissant aucun culte.
Ce qui est plus surprenant c’est l’attitude de la gauche républicaine et laïque représentée à l’Assemblée qui – à quelques exceptions près – a décidé de ne pas participer au vote, arguant que cette loi stigmatiserait un peu plus encore la communauté musulmane. Quoique la seule présence de M. Fillon à Argenteuil tenterait de prouver le contraire. Allons ! Il appartient aux élus de gauche non pas tant de se soucier ou de s’immiscer dans les us et coutumes internes d’un culte, sous peine de tomber eux-mêmes dans la déraison, mais de faire respecter les principes de laïcité définis par la loi de Séparation des Églises et de l’État lorsque ceux-ci sont interprétés ( Rapport Machelon ) ou bafoués dans le seul but de modifier ladite loi pour satisfaire les cultes en espérant des votes en retour ; c’est là la stratégie sarkozienne, pas la nôtre . Alors il faut se garder de copier cette tactique démagogique et à courte vue, mais au contraire de s’y opposer en rappelant que la démocratie c’est avant tout le respect de la loi, même si ultérieurement elle peut, parce que les choses de la vie sont toujours en mouvement, être modifiée ou même abrogée. Car ce que l’homme fait, il peut le défaire. Il n’y a aucune force au-dessus de lui qui peut l’en empêcher.

*Descartes, Discours de la Méthode
**Montesquieu, L’Esprit des lois

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