Identité,laïcité

dimanche 22 novembre 2009

Ce 12 novembre 2009 , en La Chapelle en Vercors, prenant prétexte de ce haut lieu de résistance à l’occupant, le Président de la République a prononcé un long discours consacré pour l’essentiel à définir l’identité française. Pourquoi est-on Français ? S’il a fourni de nombreux éléments de réponse, il sera sans doute prudent de distinguer ceux qui relèvent du rôle du président de la République française, de ceux qui sembleraient relever plutôt des idées personnelles de Monsieur Nicolas Sarkozy sur le sujet.

Par exemple, en ce qui nous concerne, il a déclaré : « Pas un libre-penseur, pas un Franc-maçon, pas un athée qui ne se sente au fond de lui l’héritier de la Chrétienté qui a laissé tant de traces profondes dans la sensibilité française et dans la pensée… Regardons ce que la morale laïque des instituteurs de jadis doit à la morale chrétienne qu’on enseignait au catéchisme. » On laissera aux deux premiers de la liste le soin de juger par eux-mêmes ; mais quant à nous, nous pensons qu’il s’abuse lourdement en parlant à notre place, et en nous affublant d’un héritage que nous ne reconnaissons pas : les traces que nous gardons de l’histoire, la sensibilité philosophique qui est la nôtre, ou les pensées qui nous animent nous les devons entièrement à la raison seule et à l’étude matérialiste des faits comme l’ont fait avant nous les Descartes, Diderot, La Mettrie, d’Holbach ou Darwin ; mais jamais nous n’avons fait appel à la Chrétienté dont la référence dans le domaine de la connaissance se situe dans l’obscurantisme de la théologie et dans les saintes Ecritures ; quant à la morale elle ne développe qu’intolérance, imposture, fanatisme, sujétion au dogme, charité. Tout cela, qui constitue son fondement nous le rejetons et le critiquons.

Nous ne partageons pas davantage son point de vue lorsqu’il s’évertue à associer les termes antinomiques que sont les Lumières et la Chrétienté, pour définir l’identité française : « On est Français parce que l’on regarde la Chrétienté et les Lumières comme deux versants d’une même civilisation dont on se sent l’héritier », tout en excluant, bien entendu « l’expérience sanglante de la Terreur ». Cependant on semble oublier que c’est au nom de cette même civilisation que la France a colonisé, sous la bannière du sabre et du goupillon, une grande partie de l’Afrique et de l’extrême Orient-on sait où cela a conduit ; qu’elle a été aussi livrée pieds et poings liés par de drôles de Français, dont Pétain était le chef, au « totalitarisme » hitlérien et qu’aujourd’hui encore elle mène une « expérience sanglante » en Afghanistan.
Même ambiguïté, dans les propos tenus sur le principe de laïcité. D’un côté il déclare : « La France est un pays où l’Eglise est séparée de l’Etat. La France est un pays où il n’y a pas de place pour la confusion du spirituel et du temporel », puis peu après il affirme : « Car la laïcité, et je veux le dire pour être bien compris, ce n’est pas le refus de toutes les religions. C’est le respect de toutes les croyances et la neutralité de l’Etat. » Bien que le terme " neutralité" soit dans la Constitution, L’Etat ne peut pas rester « neutre » par rapport aux religions, puisque depuis la loi de 1905 la France a pris parti, et que la République « ne reconnaît , ne salarie ni ne subventionne aucun culte » plaçant ainsi définitivement les religions dans le domaine de la vie privée par rapport à l’Etat. Il devra donc nécessairement prendre parti dans les cas - comme cela se produit régulièrement - de pressions religieuses pour une révision, modernisation, etc... de la laïcité ; preuve que l’Etat serait prêt à céder par des compromis, le rapport Machelon : Les relations des cultes avec les pouvoirs publics, dont on conseille vivement la lecture. ( La Documentation française )

Ainsi sous le couvert de la recherche d’un « nationalisme », et d’une « identité française », Nicolas Sarkozy, poursuit sa politique de déstabilisation de ce principe de coexistence à l’intérieur du pays, qu’est le principe de laïcité, afin de réintroduire – c’est manifeste dans tous ces discours depuis Latran – le religieux dans l’espace public et de favoriser le communautarisme.

Si les partis républicains, les associations, les mouvements, si tous ceux qui ne pensent et n’agissent que parce qu’ils se reconnaissent dans la République laïque, ne réagissent pas en se démarquant nettement de la politique menée, il est fort à craindre qu’un jour prochain on pourrait avoir à la tête de notre cher pays un prince-président d’une République judéo-chrétienne de France.


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