Laïcité : le piège

jeudi 21 avril 2011

Roger Bordier, écrivain ( Prix Renaudot ) nous a transmis ce texte, témoin de son inquiétude et de sa révolte face aux positions révisionnistes- franches ou biaisées- tenues par tous les courants politiques à propos de la Loi de Séparation des Églises et de l’État à l’approche des élections présidentielles. Sa réaction prouve l’importance du développement national de défense des Principes de la laïcité en France définis par l’Article premier et l’Article 2, et combien il est urgent et nécessaire à présent, non plus, comme il le dit avec beaucoup de détermination, de « débattre » mais de « se battre » afin qu’ils soient maintenus tels quels.

Le président

Depuis que le président de la République a proclamé la primauté du prêtre sur l’instituteur – et même avant cela - toutes sortes de manœuvres insidieuses contre la laïcité, de contournements plus ou moins habiles ont accru la menace. Nous ne saurions les énumérer, mais pour l’essentiel chacun s’en souvient.
Une attaque frontale étant difficilement concevable, du moins jusqu’à nouvel ordre, ces procédés, transmis par la parole, les faits, les gestes, les écrits, ont un but bien défini : écorner de ci de là la laïcité. Encore faut-il s’appuyer en l’occurrence, et peut-être n’avons-nous pas vu assez clairement le piège, sur des qualificatifs qui, derrière une apparente simplicité, constituent un grave détournement de sens. Retenons déjà ceux-ci, formulés par des personnalités ou des voix collectives :

Laïcité « apaisée » : qu’est-ce que cela peut bien vouloir dire ; qu’est-ce qui est ici explicitement visé ? La laïcité se montrait-elle agressive ; quelle guerre et contre qui pouvait-elle bien mener, elle qui, par nature, est cette tolérance active inscrite dans la loi ?

Laïcité « ouverte » : Pour anodin et peu subtil qu’il soit, ce déroutant pléonasme n’en fait pas moins surgir la question : quand, de quelle manière, sous quelle autorité, selon quel texte, la laïcité en France apparut-elle fermée ? A quoi ? A qui ? Ou bien est-ce là un biais pour justifier l’introduction de l’enseignement religieux dans les établissements de l’Etat ?

Laïcité « positive » : En supposant aux auteurs de cette courte théorie quelque capacité de dialecticien, peuvent-ils nous démontrer en quoi la laïcité telle qu’elle s’exerce serait négative ?

Laïcité « aménagée »  : Quel galimatias ! se serait esclaffé Molière. De quoi s’agit-il en l’occurrence : aménagée ou déménagée ? Et comment envisage-t-on concrètement le caractère, les moyens et la finalité de ce qui serait un « aménagement » ?

En réalité, toute cette médiocre diplomatie ne joue qu’un seul rôle : détruire dans les pensées l’inviolabilité d’une force intellectuelle issue des luttes des peuples, des prises de conscience et du courage républicain , pour mieux attaquer l’institution dans son fondement .

A quoi doivent servir les ressorts de ce redoutable piège que nous aurions dû voir, un peu mieux, se préparer ? A ceci : imposer, en tant que vérité objective et vécue, une représentation faussée de la laïcité. De la sorte, elle peut être dénoncée et combattue en tant que construction idéologique s’opposant à d’autres et, prioritairement, comme il se doit, à celles dont dépendent les pratiques religieuses.

Un jour, un commentateur parla bizarrement, à la Radio, d’un « nécessaire dialogue » évoquant, plus bizarrement encore, je ne sais quel consensus possible. Un consensus ? Entre la laïcité et les cultes ? Et puis quoi encore ? La laïcité n’est pas un principe négociable . Rassembleuse par essence, elle ne saurait sur ce plan transiger en aucun cas, sauf à se nier elle-même. C’est la raison pour laquelle, à travers les moyens que nous venons d’évoquer, l’on tente surtout d’aller vers une certaine culpabilisation. L’attitude est grossière, certes, mais très révélatrice : elle nous montre bien qu’il ne s’agit pas d’actes isolés, mais d’une véritable stratégie. Qui sait, peut-être ira-t-on- jusqu’à nous proposer de « débattre ».

Il s’agit de se battre, de se battre avant tout pour cette fraternité dont Monge devait dire, au lendemain de Valmy, qu’elle a le mot République pour synonyme . Ajoutons-y naturellement – autre synonyme – le mot laïcité. Plus que jamais d’actualité.

Roger Bordier


Commentaires

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Laïcité : le piège
jeudi 19 mai 2011 à 21h21 - par  Salaves

Je ne voudrais pas avoir l’air d’insister avec France-Inter, une des deux stations que j’écoute régulièrement, mais ce 19 mai l’émission "le téléphone sonne" de 19h20 à 20h, (une des plus écouter) était consacrée aux religions. Après une première expression de chaque invité, on se rend compte rapidement qu’il n’y a pas d’athée militant parmi eux. Il faut préciser que la plupart vivent sur le fait religieux. Mais on est sidéré quand on entend des propos comme "même les athées sont en quelque sorte des croyants" ou "est-ce que le retour du religieux ne démontre pas l’échec de la démocratie ?" le pire, "les hommes ont besoin de religions ou encore, "le retour du religieux prouve l’échec du trop de rationalisme" etc. etc. Affligeant.
Il y avait un gars du CNRS parmi les intervenants. Le CNRS l’établissement qui regroupe nos meilleurs scientifiques. On pourrait être surpris, mais moi-même qui travaille dans une université et qui engage régulièrement des discussions sur la religion et les croyances en général je suis toujours surpris par l’ignorance sur le sujet et la complaisance du plus grand nombre. Dans son livre (pour en finir avec Dieu) R.Dawkins raconte un peu la même chose sur ses collègues universitaires.
Pour revenir à l’émission de ce soir, j’ai envoyé deux messages dans la journée pour tenter d’être sélectionné parmi les appels, mais sans succès.

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Laïcité : le piège
vendredi 6 mai 2011 à 09h00 - par  Le Président

La retransmission de la béatification de l’ancien pape s’est déroulée normalement dans le respect de la tranche horaire réservée à la chrétienté le dimanche matin, selon l’Article 15 du Cahier des Charges de France2. Ce qui ne fut pas toujours le cas pour ce genre de manifestation ; on se souvient notamment de la retransmission de la messe de requiem donnée pour sœur Emmanuelle en la cathédrale de Paris le mercredi 22 octobre 2008 à 15 heures ! Messe à laquelle assistaient d’ailleurs le président de la République actuel et son prédécesseur tous deux accompagnés de leur épouse, quelques ministres, Kouchner par exemple, ainsi que madame Moubarak ( Tiens ? ! ), monsieur Jacques Delors, père de madame Aubry, déclamant tel un oratorien sorti de Juilly, un extrait de l’Épître aux Corinthiens…le tout sous l’aimable et compatissant sourire de la présentatrice de France2.
Cette fois le Président de la République ne s’est pas rendu dans l’État pontifical bien qu’il y songeât sérieusement, mais son âme était présente, si l’on en croit les termes qu’il a utilisés pour s’excuser auprès de Sa Sainteté : « Au moment où Vous Vous apprêtez à béatifier Votre prédécesseur le Pape Jean-Paul II, je souhaite m’associer à l’hommage qui Lui est rendu à travers le monde en cette occasion. » . S’il avait écrit : Moi, Nicolas Sarkozy, je souhaite m’associer…Personne n’aurait trouvé à redire ; mais ce pronom « je » représente Le Président de la République française ! Et ça c’est incompatible avec les Principes la loi de Séparation de l’Église et de l’État, avec l’article premier et l’Article 5 de la Constitution qui veut que le président de la République « veille au respect de la Constitution. » Irrespect accentué, puisque messieurs Fillon, Juppé et Guéant avaient fait le déplacement comme représentant de la République ! Et François Baroin, porte-parole de l’UMP de justifier leur présence en ajoutant : « La France n’est-elle pas la fille aînée de l’Église catholique » répétant comme un perroquet ces mêmes paroles que le président de la République avait prononcées à Latran en 2007.
Certains, à gauche, se disent « choqués », le mot est faible. C’est de l’irresponsabilité notoire, du manquement conscient des responsabilités confiées, du mépris total des citoyens. A cela il n’y a, pour tout républicain, qu’une seule attitude à adopter : considérer que Monsieur Sarkozy, ayant failli à plusieurs reprises à sa fonction, n’est plus président de la République. Tout comme les membres de son gouvernement, qui ne gèrent pas les intérêts de la République, mais appliquent leurs propres opinions politiques. Puisque l’échéance des élections approche, il sera facile de comprendre qu’il devient urgent de nettoyer les Écuries de l’Élysée pour en finir avec le présidentialisme.
Pour contrer cette politique il est nécessaire que chaque citoyen se mobilise pour agir en direction des partis républicains qui s’affichent sans ambigüité pour la défense de la laïcité en France, ainsi qu’en direction des syndicats et du mouvement associatif, afin d’organiser un rassemblement national affirmant le maintien de la loi de Séparation des Églises et de l’État. Mais qu’il veille aussi très scrupuleusement à l’enseignement que reçoivent ses enfants à l’école, au collège et au lycée, car depuis l’apparition maladroite du fait religieux dans les programmes, des leçons et des devoirs s’apparentent sournoisement à du prosélytisme religieux. Il se doit d’intervenir et, si nécessaire, prévenir les autorités pédagogiques que cet enseignement, sous cette forme, n’a pas lieu d’être et qu’en conséquence il refusera que ses enfants y assistent.
On note dans le même ordre de réaction, l’excellente initiative prise la 4 avril dernier par Marie-Agnès Labarre, sénatrice de l’Essonne du Parti de Gauche, de déposer une proposition de Loi-cadre relative à la promotion de la laïcité et la clarification des règles de son application, afin d’en terminer une bonne fois, comme le souligne Roger Bordier, avec toutes ces sortes d’aménagements des Principes de la laïcité.

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Laïcité : le piège
vendredi 29 avril 2011 à 23h31 - par  Salaves

Il ne faut pas se leurrer, l’avenir économique ne s’annonce pas rose du tout. Les difficultés au quotidien vont toucher de plus en plus de monde. La religion est perçue comme un moyen de canaliser les espérances et les craintes qui en période difficile vont surgir et qui auront du mal à trouver des réponses dans les partis politiques traditionnels, soit parce qu’ils sont pour la plupart acquis au mode de développement ayant engendré ce désespoir et l’injustice sociale, soit par manque de crédibilité de ceux qui prônent un changement plus radical.
Pour que les églises puissent remplir pleinement leur rôle d’absorption des désespérances et de fabrication de rêves, il faut détruire, sinon affaiblir notre laïcité. L’islam, qu’il soit issu de l’immigration ou pas, sert de prétexte à cette attaque. Il est utilisé comme un bélier pour défoncer la laïcité. Mais derrière ce sont toutes les religions qui sont à l’affut et qui s’infiltreront dans la brèche ainsi créée.
À l’heure où j’écris ces lignes, le mariage princier anglais est terminé et il aura fait rêver des millions de personnes, j’apprends que France-Inter radio publique, après avoir fait toute une journée spéciale pour couvrir l’évènement, va en partenariat avec le journal "La Croix", couvrir les cérémonies de béatification du pape Jean-Paul II. Effarant, quand on pense que cette station est dirigée par l’ancien directeur de Charlie Hebdo.

Brèves

7 novembre 2012 - émission " OUVERT LA NUIT " diffusée par France Inter.

à l’attention de Monsieur Alexandre Héraud
Bonjour,
Dans votre émission d’hier soir (mardi 6 nov. (...)

25 avril 2008 - L’Opium du Peuple

Notre ouvrage :
format:15x24 cm
324 pages
Prix 22 Euros EN VENTE DANS TOUTES LES LIBRAIRIES (...)

17 avril 2007 - Laïcité universalité

Ainsi c’est donc fait : c’est le pire des deux candidats à la présidence de la République qui a été (...)

4 décembre 2005 - La Laïcité "vache à lait"

Sous prétexte de débat TV sur le thème de la Laïcité nous avons une fois de plus assisté aujourd’hui (...)