La nonne et l’édile

mardi 5 juillet 2011

Le cassage du principe de la laïcité en France s’accélère dans une indifférence affligeante ; toute occasion est bonne pour en dénaturer son sens et sa portée.
Ainsi il y a quelques jours – pour être précis le 19 juin – a eu lieu à Dax, chef-lieu du département des Landes, une cérémonie religieuse très médiatisée, organisée par une association diocésaine : la béatification d’une nonne, sœur Marguerite Rutan, qui a eu la particularité d’avoir été guillotinée le 8 avril 1794 pour « son incivisme et avoir refusé de prêter serment à la Constitution civile du clergé ». Choisir le dogme aliénant plutôt que les valeurs des Lumières, la soumission à Dieu plutôt que la reconnaissance des Droits de l’homme, il fallait que l’intolérance religieuse fût bien ancrée en elle, malgré sa grande piété, pour que le Tribunal révolutionnaire la condamnât si durement. Elle aurait pu aimer Dieu et embrasser la République. Et puis, combien d’autres, parce qu’elles étaient des femmes, seulement des femmes, furent accusées, pendant des siècles et des siècles, d’être manipulées par Satan et ont péri sur les bûchers dressés par l’Église. Qu’attend donc le Saint-Siège pour les réhabiliter !
Alors, aujourd’hui qualifier la nonne de « martyre de la Révolution française » ressemble trop à une insulte aux valeurs de la République et de la Révolution, et renvoie d’un coup le christianisme dans la noirceur de l’obscurantisme moyenâgeux.
Ajoutons à cela que cette cérémonie s’est déroulée dans les arènes municipales en présence du maire socialiste de la ville et du ministre centriste de la Justice ; ce dernier expliquant que sa présence « en tant que représentant du gouvernement français à une cérémonie religieuse » n’avait rien de déplacé puisque « le gouvernement respectait les religions. » Sans doute le maire de la ville s’aligna-t-il sur la même réponse.
En répondant ainsi ils font une lecture tronquée de la loi de Séparation des Églises et de l’État de 1905 ; en effet ces éminents représentants de la République, oublient sciemment l’Article 2 de la dite loi( ce n’est pas la première fois, voir sur ce Site « La laïcité en danger » les positions des uns et des autres à propos des Régionales de 2010 ). La République, en effet, respecte les religions comme le précise l’Article premier – Article que personne ici ne conteste – ( Voir à l’ouverture de ce Site ) mais elle énonce très clairement que cette garantie ne s’exerce que « sous les seules restrictions édictées ci-après dans l’intérêt de l’ordre public . » Et quelles sont ces restrictions qui font l’Article 2 et définissent le principe de la laïcité française ? La première suffit : « La République ne reconnaît aucun culte. » Ce qui signifie clairement que pour l’État les religions sont du seul domaine de la vie privée des citoyens.
Par conséquent ces deux représentants de la République sont en contradiction totale avec la loi et ne devaient pas assister à cette cérémonie, sauf dans l’intérêt de l’ordre public : toute relation avec les cultes, qui d’ailleurs relève du Ministère de l’Intérieur, ne peut s’entendre que dans ce sens ; et ce qui apparemment n’était pas le cas. Ils pouvaient s’y rendre à titre privé comme l’Article premier leur reconnaît le droit. En agissant ainsi non seulement ils cautionnent un culte, mais aussi ils dupent leurs gens, avec l’idée de complaire à tous les courants de pensée, afin bien évidemment de chercher le moment venu leur soutien dans un consensus douteux lors de futurs scrutins. En outre en reconnaissant les cultes, ils favorisent la communautarisation de la société civile, ce qui serait un retour – et là nous restons dans le sujet – à l’Ancien régime d’avant la Révolution, dont la religion était le fondement principal.
Alors il est temps pour les républicains de la France d’aujourd’hui de bien comprendre la portée de cette réalité, et de la dénoncer, de s’y opposer – comme l’ont fait les citoyens de « Laïcité 40 » - de s’en indigner et plus car nous sommes tous porteurs de la société de demain.
Rappelons qu’après l’État français de Pétain, grand pourfendeur de l’École publique et de la République, les États généraux de la France laïque réunis à Paris le 18 juillet 1948 mentionnaient entre autres dans leur Déclaration : « Ils ( les Etats généraux ) demandent que les pouvoirs publics, respectant la séparation des Églises et de l’État, s’abstiennent d’inviter les autorités ecclésiastiques aux cérémonies d’ordre public et que les représentants du Gouvernement s’abstiennent d’assister, à titre officiel, aux manifestations confessionnelles. »
A ce propos on pourra méditer avec grand intérêt la réflexion proposée par Alain Badiou entre la France de Pétain et la France d’aujourd’hui : « Je dis que la subjectivité de masse qui porte Sarkozy au pouvoir, et soutient son action, trouve ses racines inconscientes, historico-nationales, dans le pétainisme. »*

*BADIOU Alain, De quoi Sarkozy est-il le nom ? , Fécamp : Éditions Lignes, 2007.


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