Jean Baubérot. Les vœux pieux de Sarkozy aux autorités religieuses

jeudi 2 février 2012

Le chef de l’État adresse aujourd’hui ses vœux aux autorités religieuses. Jean Baubérot, historien et sociologue, démonte les mécanismes de 
la « falsification de 
la laïcité »* opérée par Sarkozy dans un essai à paraître demain.

La présidence de Nicolas Sarkozy marque-t-elle une rupture dans l’attachement de la République à la laïcité ?

Jean Baubérot. Nicolas Sarkozy a porté atteinte à la laïcité comme aucun autre président de la Ve République. Quelques mois après son élection, le président a tenu un discours au Latran sur les relations entre l’Église et l’État, invitant à «  valoriser les racines essentiellement chrétiennes de la France  ».

Ce discours conservateur et clérical marquait sa volonté de renouer officieusement avec la «  ré-officialisation  » du catholicisme et de réinsuffler du religieux dans le fondement du lien social.

Ce fut d’ailleurs perçu comme cela à l’étranger, plusieurs universitaires m’ayant demandé si le catholicisme était redevenu une religion d’État en France.

Évoquant le baptême de Clovis ou «  le long manteau des cathédrales qui couvre la France  », il conforte alors l’idée d’un catholicisme identitaire. Puis, dans un second temps de son mandat, chassant toujours plus sur les terres du Front national, il s’est efforcé de déplacer le débat sur et contre l’islam.

Comment analysez-vous ce concept de «  nouvelle laïcité  » porté par l’UMP et l’extrême droite ?

Jean Baubérot. Elle a comme caractéristique de ne pas être portée par les forces politiques qui ont pourtant été les garantes de la laïcité historique.

Une falsification idéologique a toujours besoin de fausser l’histoire. Nicolas Sarkozy est un maître en la matière. La «  nouvelle laïcité  » de Sarkozy privilégie les «  racines  », comme en témoignent ses discours, alors que la laïcité historique se réclamait, elle, du «  progrès  ».

La vision idyllique de Sarkozy sur l’histoire des religions est non seulement fausse, mais elle évacue surtout les conditions de la construction de la laïcité française. C’est une «  catho-laïcité  » qui les a aidés à glisser logiquement sur le débat concernant «  l’identité nationale  ».

En quoi, précisément, ce glissement a-t-il permis aux sarkozystes 
de stigmatiser l’islam ?

Jean Baubérot. En 2009, le scandaleux «  débat sur l’identité nationale  » s’est révélé un fiasco pour le gouvernement. On pouvait espérer qu’ils s’arrêtent là. Mais non, ils ont remis ça avec l’initiative d’un débat d’abord baptisé «  Islam et République  », qui s’est ensuite transformé en débat sur la laïcité. Cela toujours dans l’idée de séduire l’électorat frontiste.

Début 2011, Sarkozy invoque «  un islam de France  », qui devrait être vécu dans la plus humble discrétion. Sarkozy veut «  normaliser les immigrés  » selon une reconstruction historique imaginaire, en assimilant l’islam à l’immigration. En oubliant au passage que beaucoup de musulmans sont français depuis plus longtemps que la famille Sarkozy.

Que 100 000  d’entre eux sont morts pendant la guerre de 1914-1918. Cette offensive grossière contre les musulmans, qui a d’ailleurs divisé la droite, s’est avérée, elle aussi, un fiasco. Les autorités religieuses dans leur diversité ont alerté sur «  les risques d’amalgame et de stigmatisation  ».

Mais tout cela a laissé des traces, comme en a témoigné dans la foulée le débat sur les prières de rue qui a confirmé que la stigmatisation contribue à donner de l’ampleur au phénomène. En hypertrophiant ce débat, l’UMP a renforcé la lepénisation de la société et sa «  laïcité répressive  ».

lire l’article complet sur le site

Entretien réalisé par 
Maud Vergnol ( Extraits )


Article paru dans l’Humanité du 25 janvier 2012

*La laïcité falsifiée, La Découverte, 191 p, 17 €.


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