la « laïcité intérieure »

samedi 29 septembre 2012

Le ministre de l’Éducation nationale, Monsieur Peillon, vient de donner, à son tour, après tant d’autres penseurs es-matière, une nouvelle épithète à la laïcité ! Après la laïcité « ouverte », « positive », « plurielle », « moderne », etc., voici la « laïcité intérieure », nécessaire dans le cadre d’ « un redressement matériel, intellectuel et moral de la France. » Et pour bien assurer ce redressement la « morale laïque » sera une « matière enseignée et notée ».

Il est vrai que depuis très longtemps, on peut dire depuis sa création en 1905, le principe de laïcité défini par la loi, a toujours été la cible d’attaques, de pressions et d’interprétations émanant du milieu religieux dans le but, plus ou moins avoué, de ne pas le respecter ou d’en demander des aménagements insupportables.

Il est pourtant permis de s’étonner tout-à-coup de ce dépérissement moral de la France, car on rappellera que depuis le 28 mars 1882 « la morale et l’instruction civique sont matières enseignées » ; les Instructions officielles 2012 du Cycle des approfondissements ( CE2,CM1,CM2 ) de l’Éducation nationale en témoignent. Dire que c’est là la source d’où vient tout le mal. Ça se discute. Cependant il est possible que cet « enseignement » comme « matière », au même titre que les mathématiques ou la gymnastique, ait pu susciter auprès des éducateurs des interrogations auxquelles ils n’ont sans doute pas su apporter de réelles réponses, et l’ont alors quelque peu négligé. On peut les comprendre.

Car le vivre ensemble et son organisation ne sont pas deux et deux font quatre, même si on légalise les choses ; « Vouloir tout régler par des lois, c’est irriter les vices plutôt que les corriger » notait déjà un certain Baruch. C’est dans ce vivre ensemble que nécessairement les attitudes et les comportements de chacun vont apparaître, s’adapter, se confronter les uns aux autres pour donner naissance à des règles communes, non fixes mais mouvantes, changeantes avec l’expérience raisonnée ; c’est la morale de l’homme en mouvement responsable de ses actes, de ses droits comme de ses devoirs, c’est le début de la démocratie. Elle ne s’enseigne pas monsieur le ministre, elle s’apprend. C’est bien pourquoi, elle ne peut pas être universelle ; la méthode oui, mais les préceptes non ; ainsi elle est – ou elle devrait être – déjà présente dans la famille au sein de laquelle les responsabilités seront partagées d’un commun accord, puis à l’école, au collège et au lycée, comme dans la vie civile ; mais ce qui est bon ou mauvais, juste ou injuste, bien ou mal ici, ne le sera pas nécessairement là. Les règles de vie dans une famille, peuvent être très différentes de celles qui seront définies dans une classe ou même dans l’établissement scolaire. L’important est qu’on soit à même de trouver le comment vivre ensemble là où l’on travaille, là où l’on apprend, là où l’on est le temps qu’on y reste ; sans doute il y aura des similitudes qui faciliteront l’insertion sociale et une certaine idée de la communauté internationale des hommes.

On peut bien illustrer par de bonnes fables, de La fontaine ou de Florian, les préceptes moraux, ces auteurs sont là pour ça ; mais ce que l’on a découvert par soi-même par le vécu quotidien dans la relation avec les autres, dans la classe, dans l’école et tout au long de sa vie, sera plus profondément retenu ; on pourra même démontrer que la raison du plus fort n’est pas toujours la meilleure. C’est ce que n’a pas compris monsieur Sarkozy quand il affirmait que « dans la différence entre le bien et le mal l’instituteur ne pourra jamais remplacer le curé. » ( voir sur le Site : Dieu : de quoi je me mêle ) Bien sûr que les commandements de ce dernier, tout droit tombés du Ciel, ne résistent pas à l’œuvre du tâtonnement raisonné, ancré dans la réalité de la vie.

Quant à la laïcité elle est définie par la loi, et il est « juste » de l’appliquer ; c’est même le devoir élémentaire de chaque citoyen, et en premier lieu de l’État et de ses représentants. Quiconque y contrevient est passible de sanctions. Seulement il ne faut pas qu’au haut niveau, c’est-à-dire au sein de l’État lui-même, on affiche une méconnaissance ou un laxisme dans l’application de ses principes, qu’on transige avec les officines religieuses pour tenter d’en modifier le sens, ce qui a été le cas avec la Commission Machelon, ou d’être aux petits soins avec les cultes comme cela s’est fait ces derniers temps ( voir sur le Site : La laïcité en danger ), sinon il n’y a plus de morale laïque. Il faut là surtout, « faire un effort pour raisonner » comme le demande aux autres le ministre ; mais montrer l’exemple à son niveau, n’est-ce pas être de plain-pied dans la morale laïque ? La morale laïque ce sera aussi de supprimer dans les programmes d’enseignement la connaissance de textes relatifs à des cultes donnant lieu à des leçons et exercices, comme cela se passe ( voir sur ce Site : Jardin d’Éden ) depuis le fameux rapport Debray ; car, si en contrepartie une approche similaire de textes sur la pensée sans Dieu, sur l’athéisme, c’est-à-dire l’humanisme libéré de l’aliénation divine, n’a pas lieu, c’est enseignement devient du strict prosélytisme ; ce n’est pas « juste », alors c’est immoral et donc inacceptable .
Faisons nôtre la formule de Victor Hugo, elle demeure la référence en la matière : « L’Église chez elle, l’État chez lui. »

Ce serait aussi une excellente initiative que les parents et les enseignants de l’enseignement public demandent au ministre d’envoyer, sous forme d’affiche, les Principes de la loi de 1905 savoir : les Articles premier et second, afin de les apposer, en bonne place, dans tous les Établissements d’enseignement public ; ce qui amèneraient éducateurs, parents et élèves à comprendre le sens de leur démarche en entrant dans ces lieux où la République française les accueille sans réserve, qu’ils soient athées ou croyants dans la mesure où les convictions de chacun restent dans le domaine de leur vie privée.


Commentaires

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la « laïcité intérieure »
vendredi 19 octobre 2012 à 15h51 - par  latch

En outre, pour ajouter à ce qui vient d’être écrit, Monsieur le Ministre de l’Éducation nationale, ne fait pas vraiment preuve d’originalité en parlant de « morale laïque ». En effet l’expression a déjà été utilisée par le président-chanoine Sarkozy lors de son discours d’intronisation de Latran en 2007 ; parlant de morale humaine et de morale religieuse, il déclara : « La morale laïque risque toujours de s’épuiser quand elle n’est pas adossée d’une espérance qui comble l’aspiration à l’infini. » Ainsi le ministre socialiste se coule-t-il sans vergogne dans le moule de la pensée métaphysico-droitière développée par ses prédécesseurs, avec la même intention de continuer l’œuvre de démantèlement de la laïcité en France.

Ceci confirmé par les déclarations tonitruantes de son collègue Manuel Valls, ministre socialiste de l’Intérieur, lors de l’inauguration de la Grande mosquée de Strasbourg le 27 septembre dernier, desquelles on retiendra ceci « Je veux l’affirmer à nouveau : les musulmans de France ont droit à des lieux de culte dignes. Il convient donc de trouver les modes permettant de financer leur construction dans le cadre de la loi de 1905. »

Faut-il le rappeler, ce fut là tout le but de la Commission Machelon nommée en 2006 par Nicolas Sarkozy, de passer au peigne fin les 43 articles de la loi afin de satisfaire les attentes des grandes religions de France, par des ajustements législatifs et réglementaires !
Même pensée, même programme. Mais où est le changement tant annoncé par les socialistes ?

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