XVème Printemps des Poètes ( 9 - 24 mars )

dimanche 10 mars 2013

Nous souhaitons participer à ce Printemps des Poètes en donnant à lire – chacun pourra en faire autant – des textes de poètes dont l’inspiration fut plutôt dans « la vérité pratique » comme le souhaitait Lautréamont, que dans des limbes obscurs.

La poésie est partout

comme Dieu n’est nulle part.

( Jacques Prévert, Hebdromadaires)

Les poètes ( Léo Ferré - 1960)

( Extraits )

Ce sont de drôles de types qui vivent de leur plume
Ou qui ne vivent pas c´est selon la saison
Ce sont de drôles de types qui traversent la brume
Avec des pas d´oiseaux sous l´aile des chansons
 
Leur âme est en carafe sous les ponts de la Seine
Les sous dans les bouquins qu´ils n´ont jamais vendus
Leur femme est quelque part au bout d´une rengaine
Qui nous parle d´amour et de fruit défendu
 
Ils mettent des couleurs sur le gris des pavés
Quand ils marchent dessus ils se croient sur la mer
Ils mettent des rubans autour de l´alphabet
Et sortent dans la rue leurs mots pour prendre l´air
 
Ils ont des chiens parfois compagnons de misère
Et qui lèchent leurs mains de plume et d´amitié
Avec dans le museau la fidèle lumière
Qui les conduit vers les pays d´absurdité
 
Ce sont des drôles de types qui regardent les fleurs
Et qui voient dans leurs plis des sourires de femme
Ce sont de drôles de types qui chantent le malheur
Sur les pianos du cœur et les violons de l´âme
 
Leurs bras tout déplumés se souviennent des ailes
Que la littérature accrochera plus tard
A leur spectre gelé au-dessus des poubelles
Où remourront leurs vers comme un effet de l´Art...

Commentaires

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XVème Printemps des Poètes ( 9 - 24 mars )
jeudi 21 mars 2013 à 14h04 - par  Gérard

Gabriel CELAYA ( 1911-1991 )

LA POESIA ES UN ARMA CARGADA DE FUTURO

( Extraits )

Cuando ya nada se espera personalmente exaltante,
más se palpita y se sigue más acá de la conciencia,
fieramente existiendo, ciegamente afirmando,
como un pulso que golpea las tinieblas, que golpea les tinieblas.

Cuando se miran de frente
los vertiginosos ojos claros de la muerte,
se dicen las verdades ;
las bárbaras, terribles, amorosas crueldades, amorosas
crueldades.

Poesía para el pobre, poesía necesaria
como el pan de cada día,
como el aire que exigimos trece veces por minuto
para ser y en tanto somos, dar un sí que glorifica,
Porque vivimos a golpes, porque apenas si nos dejan
decir que somos quien somos,
nuestros cantares no pueden ser sin pecado un adorno.
Estamos tocando el fondo, estamos tocando el fondo.

Maldigo la poesía concebida como un lujo
cultural por los neutrales
que, lavándose las manos, se desentienden y evaden.
Maldigo la poesía de quien no toma partido, partido
hasta mancharse.
Hago mías las faltas. Siento en mí a cuantos sufren,
y canto respirando
Canto y canto y cantando más allá de mis penas, de mis
penas
personales, me ensancho, me ensancho.

No es una poesía gota a gota pensada.
No es un bello producto. No es un fruto perfecto.
es lo má necesario : lo que no tiene nombre.
Son gritos en el cielo, y en la tierra son actos.
Porque vivimos a golpes, porque apenas si nos dejan
decir que somos quien somos,
nuestros cantares no pueden ser sin pecado un adorno.

Estamos tocando el fondo, estamos tocando el fondo.

[ LA POÉSIE EST UNE ARME CHARGÉE DE FUTUR

Quand on n’attend plus grand-chose qui nous exalte à nous-mêmes
Mais que palpite et s’affirme en de ça de la conscience
La sauvage existence et l’aveugle présence.
Comme un pouls qui martèle les ténèbres, martèles les ténèbres
Lorsque l’on regarde en face
Le vertigineux regard pâle de la mort
Les vérités s’avancent
Les barbares, terribles, cruautés de l’amour, cruautés de l’amour.
C’est la poésie des pauvres, la poésie nécessaire
Comme un pain pour chaque aurore
Comme l’air que nos poumons veulent à chaque seconde
Pour être, et puisque nous sommes, dire un oui qui nous fasse homme
Dire un oui qui nous fasse hommes
Car nous vivons à la force, et c’est à peine s’ils nous laissent
Leur dire ce que nous sommes
Alors nos chants ne peuvent être sans péché, pure forme
Nous touchons le fond
Nous touchons le fond
Maudite la poésie qui fut conçue comme un luxe
Culturel par tous les neutres
Ceux qui font la sourde oreille, ceux qui gardent les mains propres
Maudite la poésie dont pas un mot ne s’engage
S’engage et se compromette
Je fais miennes les fautes, je ressens les souffrances
Et respirant, je chante
Chante et chante, et chantent au-delà de ma peine
De mes peines personnelles, j’avance, j’avance.
Ma poésie n’est pas goutte à goutte pensée
Ce n’est pas une fleur et pas un fruit parfait
C’est ce qui est nécessaire, ce qui n’a pas de nom.
Des actes sur la terre, un cri vers l’horizon
Car nous vivons à la force, et c’est à peine s’ils nous laissent
Leur dire ce que nous sommes
Alors nos chants ne peuvent être sans péché, pure forme
Nous touchons le fond
Nous touchons le fond. ]

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XVème Printemps des Poètes ( 9 - 24 mars )
lundi 18 mars 2013 à 22h43 - par  Gérard

Profitons en ce 18 mars, pour donner à lire le magnifique poème composé et chanté en 1976 par Jean-Roger Caussimon dans le film de Bertrand Tavernier Le Juge et l’Assassin, en hommage à la " Commune de Paris " qui débuta précisément le 18 mars 1871.
Rappelons que dès le 3 avril elle décréta la séparation de l’Eglise et de l’Etat ( Voir l’affiche sur le Site )

La Commune est en lutte

Sans doute mon amour
On n’a pas eu de chance
Il y avait la guerre
Et nous avions 20 ans
L’hiver de 70 fut hiver de souffrance
Et pire est la misère
En ce nouveau printemps
 
Les lilas vont fleurir
Les hauteurs de Belleville
Les versants de la butte
Et le bois de Meudon
Nous irons les cueillir
En des temps plus faciles
La Commune est en lutte
Et demain nous vaincrons
 
Nous avons entendu
La voix des camarades
Les Versaillais infâmes
Approchent de Paris
Tu m’as dit avec toi
Je vais aux barricades
La place d’une femme
Est près de son mari
 
Quand le premier de nous
est tombé sur les pierres
En dernière culbute
Une balle en plein front
Sur lui tu t’es penchée
Pour fermer ses paupières
La Commune est en lutte
Et demain nous vaincrons
 
Ouvriers paysans
Unissons nos colères
Malheur à qui nous vole
En nous avilissant
Nous voulons le respect
Et de justes salaires
Et le seuil des écoles
Ouvert à nos enfants
 
Nos parents ne savaient
Ni lire ni écrire
On les traitait de brutes
Ils acceptaient l’affront
L’égalité la vraie
Est à qui la désire
La Commune est en lutte
Et demain nous vaincrons
 
Les valets les tyrans
Etaient en plus grand nombre
Il a fallu nous rendre
On va nous fusiller
Mais notre cri d’espoir qui va jaillir
de l’ombre le Monde va l’entendre
Et ne plus l’oublier
 
Soldats obéissez
Aux ordres de vos maîtres
Que l’on nous exécute
En nous visant au cœur
De notre sang versé
La liberté va naître
La Commune est en lutte
Et nous sommes vainqueurs
 
La Commune est en lutte
Et nous sommes vainqueurs.

( Jean-Roger Caussimon, Paroles et musique )

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XVème Printemps des Poètes ( 9 - 24 mars )
vendredi 15 mars 2013 à 07h13 - par  Le Président

« Un poète doit être plus utile qu’aucun citoyen de sa tribu »

Lautréamont POESIES II

Paul ÉLUARD ( 1895-1952 )

« LA POÉSIE DOIT AVOIR POUR BUT LA VÉRITÉ PRATIQUE »
( Extraits )

A mes amis exigeants,

Si je vous dis que le soleil dans la forêt

Est comme un ventre qui se donne dans un lit

Vous me croyez vous approuvez tous mes désirs

Si je vous dis que sur les branches de mon lit

Fait son nid un oiseau qui ne dit jamais oui

Vous me croyez vous partagez mon inquiétude

Si je vous dis que dans le golfe d’une source
Tourne la clé d’un fleuve entr’ouvrant la verdure
Vous me croyez encore plus vous me comprenez

Mais si je chante sans détours ma rue entière
Et mon pays entier comme une rue sans fin
Vous ne me croyez plus vous allez au désert
Car vous marchez sans but sans savoir que les hommes
Ont besoin d’être unis d’espérer de lutter
Pour expliquer le monde et pour le transformer

D’un seul pas de mon cœur je vous entraînerai
Je suis sans forces j’ai vécu je vis encore
Mais je m’étonne de parler pour vous ravir
Quand je voudrais vous libérer pour vous confondre
Aussi bien avec l’algue et le jonc de l’aurore
Qu’avec nos frères qui construisent leur lumière.

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XVème Printemps des Poètes ( 9 - 24 mars )
mardi 12 mars 2013 à 11h43 - par  Marie Jeanne

Le christ en bois

Bon guieu ! la sal’commune ! ... A c’souèr,
Parsounne a voulu m’ar’cevouér
Pou’ que j’me gîte et que j’me cache
Dans la paille, à couté d’ses vaches,
Et, c’est poure ren qu’ j’ai tiré
L’cordon d’sounnette à ton curé
Et qu’j’ai cougné cheu tes déviotes :
Les cell’s qui berdouill’nt des pat’nôt’es
Pour aller dans ton Paradis...
S’ment pas un quignon d’pain rassis
A m’fourrer en travars d’la goule...
I’s l’gard’nt pour jiter à leu’s poules ;
Et, c’est pour çà qu’j’attends v’ni d’main
Au bas d’toué, su’ l’rabôrd du ch’min,
En haut du talus, sous l’vent d’bise, .
Qu’ébranl’ les grands bras d’ta crouéx grise...
Abrrrr ! ... qu’i’ pinc’ fort el’ salaud !
E j’sens mon nez qui fond en ieau
Et tous mes memb’ers qui guerdillent,
Et mon cul g’lé sous mes penilles ;
Mais, tu t’en fous, toué, qu’i’ fass’ frouéd :
T’as l’cul, t’as l’coeur, t’as tout en boués !
 
Hé l’ Christ ! T’entends-t-y mes boyaux
Chanter la chanson des moignieaux
Qui d’mand’nt à picoter queuqu’chose ?
Hé l’ Christ ! T’entends-t-y que j’te cause
Et qu’j’te dis qu’j’ai-z-eun’ faim d’voleux ?
Tell’ment qu’si, par devant nous deux,
I’ passait queuqu’un su’ la route,
Pour un méyion coumm’ pour eun’ croùte,
I’ m’ sembl’ que j’f’rais un mauvais coup ! ...
Tout ça, c’est ben, mais c’est point tout ;
Après, ça s’rait en Cour d’assises
Que j’te r’trouv’rais ; et, quoué que j’dise
Les idée’s qu’ça dounne et l’effet
Qu’ça produit d’ pas avouer bouffé,
Les jug’s i’s vourin ren entend’e,
Car c’est des gâs qui sont pas tend’es
Pour les ceuss’ qu’a pas d’ position ;
l’s n’me rat’rin pas, les cochons !
Et tu s’rais pus cochon qu’mes juges,
Toué qui m’v’oués vent’ creux et sans r’fuge,
Tu f’rais pas eun’ démarch’ pour moué :
T’as l’vent’, t’as l’coeur, t’as tout en bois !
 
L’aut’e, el’vrai Christ ! el’bon j’teux d’sôrts
Qu’était si bon qu’il en est mort,
M’trouvant guerdillant à c’tte place,
M’aurait dit : " Couch’ su’ma paillasse ! ... "
Et, m’voyant coumm’ça querver d’faim,
l’m’aurait dit : " Coup’-toué du pain !
Gn’en a du tout frés dans ma huche,
Pendant que j’vas t’tirer eun’cruche
De vin nouvieau à mon poinson ;
T’as drouét coumm’ tout l’monde au gueul’ton
Pisque l’souleil fait pour tout l’monde
V’ni du grain d’blé la mouésson blonde
Et la vendange des sâs tortus... "
Si, condamné, i’ m’avait vu,
Il aurait dit aux jug’s : " Mes fréres,
Qu’il y fout’ don’ la premier’ pierre
C’ti d’vous qui n’a jamais fauté ! ... "
Mais, toué qu’les curés ont planté
Et qui trôn’ cheu les gens d’justice,
T’es ren ! ..., qu’un mann’ quin au sarvice
Des rich’s qui t’mett’nt au coin d’leu’s biens
Pour fair’ peur aux moignieaux du ch’min
Que j’soumm’s... Et, pour ça, qu’la bis’ grande
T’foute à bas... Christ ed’ contrebande,
Christ ed’l’Eglis ! Christ ed’ la Loué,
Qu’as tout, d’partout, qu’as tout en boués ! ...

Gaston Coûté 1880 - 1911

Pour ceux qui ne lisent pas couramment le patois Beauceron, voici une version lue par Yves Deniaud :

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XVème Printemps des Poètes ( 9 - 24 mars )
mardi 12 mars 2013 à 11h31 - par  Laurent Gensac

Bonjour,
La RATP s’associant au Printemps des Poètes, et comme naturellement j’apprécie la poésie, et aussi votre Site pour ses positions sur la laïcité, je vous fais parvenir un de mes poèmes.

La défense du Château de Vincennes

Á chaq’ fois que j’ m’ ramenais chez mes vieux
j’ y avais droit… la prise d’ la Bastille…
48…Cavaignac…l’ faubourg Saint-Antoine…
y avait pas de concorde possible
pas d’place pour l’impro
Leur enfer d’ prolo rev’nait su’ l’ tapis…
com’ d’ vrais Champs Elysées qu’i’ fallait parcourir…
parce qu’on n’est rien…mais qu’on s’ra tout
I’ m’réfilait le bourdon…faut voir !
mêm’ qu’ une épît’ d’saint Paul
c’était du sucre d’orge à côté
Ah ! non !…aucune étoile dans leur « hôtel d’ ville »
com’ i’ disaient
I’ s’avaient remisé dans cet’ baraque
leur maigre épargne pour une gérance…
c’était pas les Ambassadeurs
ni l’ Palais royal
ni l’ Franklin Roosevelt…
mais ma vieille
argentine qu’elle était
beau visage métissé…
elle aurait pu figurer au Louvre
aux côtés d’ la fiorentina…
elle avait enjolivé les paliers
d’ p’tits carreaux d’céramique
ram’nés des tuileries d’ là-bas…
prairie…châtelet…éléphants…
sablons au coucher du soleil
pas mal… mais loin
d’ l’or du George V
I’ s’y avaient donné le nom de Nation
because les manifs rouge-vif
qui finissaient là et qu’ c’était
pas loin d’ leur appart’…
i’ y’ avait qu’à continuer
en zigzaguant et en chantant
jusqu’à Saint Mandé
via la Porte d’ Vincennes
C’est dans un d’ ces délir’- Préfontaines
un soir qu’on passait su’ l’ Pont d’ Neuilly
l’menton sur les chaussur’
que le vieux m’sort :
t’rappelles quand j’avais
pris la défense
du château de Vincennes !
Après un moment
je compris entre ses hoquets
qu’i’ parlait du Château de Cène…
et d’ ses déboires d’ancien
soixante-huitard-révolte-au-poing…
Á què s’uns i’ s’amusaient à lire
des passages du brûlot de Noël
sur les marches du Train Bleu
d’ la Gare de Lyon…
Des culs-bénits et aut’ pisse-froid
avaient appelé la flicaille…
i’s’ avait fini à la caserne Reuilly-Diderot…
I’ tient plus l’ fil…me dis-je
c’était pas d’ l’humour…que non !
c’est ben sa têt’ qui s’embrumait…
J’accusai l’ coup et rigolai
pour le rassurer…
mais en moi-mêm’ je m’ disais
qu’il allait peut-êt’ falloir
que j’ rassembl’ mes fringues
et que j’ quit’ dans pas tard
la Porte Maillot
pour aller m’poser
du côté d’ Bérault.

- Laurent Gensac ( 2009 )
- Paris, Métropolitain, Ligne 1

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