Cultes, lois et civisme

vendredi 12 avril 2013

Revenons un instant sur ces deux faits du mois dernier qui ont à nouveau mis la laïcité en question et suscité des réactions diverses et opposées. Il s’agissait de décisions judiciaires à l’encontre de deux femmes ayant été licenciées pour port du foulard islamique : l’une dans un service public, la CPAM ( Caisse Primaire d’Assurance Maladie ) de Seine-Saint-Denis, l’autre dans un lieu privé, la crèche de la commune de Chanteloup-les-Vignes dans le Val d’Oise.

Au résultat, le licenciement fut confirmé par la justice pour la première employée pour non-respect du principe de laïcité précisé par l’Article 1 de la Constitution.
Par contre, le licenciement fut refusé à la seconde, la Cour d’Appel de Versailles jugeant qu’il était infondé, la crèche de la commune étant un lieu privé dont le Règlement Intérieur ne mentionnait nullement que l’accès fut interdit au personnel portant un signe religieux.

Ici il y eut des réactions d’indignation à la décision : de la part des administrateurs de la crèche, soutenus par une partie de la population et autre comme madame Badinter ou madame Bougrab, ex-présidente de la Halde ( Haute Autorité de Lutte contre les Discriminations et pour l’Egalité ) ; le ministre de l’Intérieur, Manuel Valls regrettant une « mise en cause de la laïcité ; à l’opposé le CCIF ( Collectif contre l’islamophobie en France ) approuva l’arrêt de la Cour de Cassation.

D’où aussitôt : discussions, oppositions, mécontentements : la salariée demandant 100 000€ de dommages et 120 familles risquant de se retrouver avec leurs enfants sur les bras, discorde, affrontements d’opinions ; on parle, on revendique une nouvelle loi sur le voile, tout le monde est sous le choc ! En quelque sorte désordre dans la république causé par une opinion religieuse.

Pour le premier cas ce fut rapide, la justice se référa à l’Article 1 de la Constitution ; il est permis alors de se demander pourquoi dans le second cas il ne pourrait pas en être de même ;

en effet la Constitution de la Vème République du 4 octobre 1958, comme chacun sait, est précédée d’un Préambule dans lequel il est écrit que : « Le peuple français proclame solennellement son attachement aux Droits de l’homme et aux principes de la souveraineté nationale tels qu’ils ont été définis par la Déclaration de 1789. » Justement l’Article 10 de la Déclaration de 1789 dit très exactement ceci : « Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la loi. »

Or, il se trouve qu’ici l’obstination de l’opinion religieuse manifestée par la tenue vestimentaire de cette personne en arrive à troubler l’ordre public, et qu’en conséquence on l’en rendra responsable.

Cela ne signifie pas qu’elle doive être licenciée, mais qu’elle se doit de changer son comportement civique, car dans un cas comme dans l’autre il s’agit bien d’une insulte à la République. Ceci est valable pour tous les adeptes de tous les cultes ; ainsi les rabbins et les imams doivent prendre exemple sur les ministres de la chrétienté qui ont remisé depuis longtemps leurs habits sacerdotaux pour le seul usage privé. Il n’est pas civiquement possible de porter en public des accoutrements qui désignent ostensiblement l’appartenance à une religion sans froisser l’opinion de ceux qui font effort de ne pas la montrer. Si le but de la société est le bonheur commun : ne fais pas à un autre ce que tu ne veux pas qu’il te soit fait.

Promulguer une nouvelle loi n’est pas nécessaire, l’exercice du civisme devrait suffire ; mais il est indispensable et urgent alors de rappeler par l’information et l’éducation, les droits et les devoirs de tout citoyen vis-à-vis de la société dans le respect de la « chose publique » et de ses semblables pour « le vivre ensemble » ; et ce vivre ensemble se manifeste dans l’ensemble de l’espace public – pas seulement dans les « lieux publics » : les rues, les avenues, les places par définition ne sont-t-elles pas des voies publiques. 

Par exemple il est très aisé, notamment pour les Parisiens et les touristes qui visitent la capitale, de combler à peu de frais leur ignorance dans ce domaine en lisant enfin la Déclaration des droits de 1789 : ça ne coûte rien, elle couvre les murs de la station Concorde de la ligne 12 du métro ; la lire ne sera pas du temps perdu, mais gagné sur la citoyenneté, car « Chacun seul, est responsable de tous » comme l’annonçait Antoine de Saint-Exupéry.

La sagesse, la raison, le bon sens qui est la chose du monde la mieux partagée aurait voulu que chacune de ces employées retire son voile, car vivre, ça passe avant tout, par la nécessité d’avoir et de conserver un travail. L’intolérance religieuse doit se modérer afin d’éviter ces désordres publics et ces situations sociales calamiteuses.

Le président


Commentaires

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Cultes, lois et civisme
dimanche 23 juin 2013 à 08h51 - par  Le Président

Vous avez dit civisme...

Temps lourd et orageux sur la région parisienne
vingt huit degrés centigrades à l’ombre
en ce vingt juin
avenue Youri Gagarine
à Vitry sur Seine dans le
Val de Marne
Ville de la Famille Dupanard
et de la Ceinture rouge de Paris
depuis les années mille neuf cent vingt
Les gens vont et viennent en s’éventant
une mère pousse un landau
en compagnie d’une amie
vêtue d’une longue tunique noire
pour se protéger du soleil sans doute
non il s’agit d’une burqua
pour se protéger du Malin
Par l’étroite visière
j’aperçois ses yeux
et ses yeux me regardent aussi
Et moi qui suis sensé et pas malin
je lui dis qu’elle ne devrait pas
se promener ainsi
en dissimulant son visage
mais me répond aussi sec
que cela ne me regarde pas
Je l’informai qu’une loi
interdisait depuis 2010
la dissimulation du visage
dans l’espace public
et que les voies publiques en font partie
et qu’elle encourrait une amende
et que le risque était grand
car à cent mètres elle allait passer
devant le commissariat de police
Aucun risque lança-t-elle
la police l’ayant déjà vue
ne lui avait jamais rien dit de tel
Sceptique j’attendis pour voir
son passage devant les flics
Rien
Même qu’une voiture de police
Entra alors dans le commissariat
sur leurs talons
et ne pouvait pas ne pas la voir
Elle disait donc vrai
Pourtant ces gens-là
sont si prompts habituellement
à dresser des contraventions aux automobilistes
même si elles sont fausses
que la justice approuvera
Je me disais alors qu’il y a bien quelque chose
de pourri aussi dans cette république de France
Et je me rappelai cette Pensée de Pascal
La justice sans la force est impuissante
mais la force sans la justice est tyrannique

et il ajoutait Ne pouvant faire que ce qui est juste fût fort
on a fait que ce qui est fort fût juste
.

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Cultes, lois et civisme
samedi 11 mai 2013 à 08h18 - par  Le Président

Puisque ces avocats de l’article de l’Humanité sous-cité se réfèrent pour asseoir leur raisonnement à Montesquieu, on leur rappellera aussi ce qu’écrivait (L’Esprit des Lois) ce grand magistrat attaché aux institutions de son pays sur la religion et la loi :

" J’aimerais autant dire que la religion donne à ceux qui la professent un droit de réduire en servitude ceux qui ne professent pas, pour travailler plus aisément à sa propagation ; c’est sur cette idée qu’ils fondèrent le droit de rendre tant de peuples esclaves."

" La loi en général, est la raison humaine...et les lois politiques et civiles de chaque nation ne doivent être que les cas particuliers où s’applique cette raison."

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Cultes, lois et civisme
mercredi 1er mai 2013 à 01h21 - par  Gérard Charton

A propos des deux cas évoqués ci-dessus, le journal l’Humanité a publié deux commentaires le 12 et le 16 avril, sur lesquels il est nécessaire de réagir, car dans l’un comme dans l’autre le principe de laïcité est au centre des réflexions.

L’un craint l’inévitable et dangereuse instrumentalisation de l’islam au travers de ces cas et précise justement « Derrière chaque musulman désireux de pratiquer sa religion ne sommeille pas un islamiste radical ! », mais cependant s’interroge si « Sans rien céder aux intégrismes religieux quels qu’ils soient, il ne serait pas possible d’envisager la laïcité autrement que sous l’angle de l’interdit ? » car « L’immense majorité des musulmans de France aspirent à des relations d’égalité dans le vivre ensemble et le respect de la laïcité. »

Cela nous le pensons aussi très sincèrement, mais comme il est précisé cette immense majorité en est encore à « aspirer » en arriver à ces relations d’égalité ; elle reste dans le désir, dans le souhait et non dans l’application réellement de la loi pour un vrai vivre ensemble ; elle se doit donc, sans stigmatisation d’aucune sorte, de poursuivre son effort vers une compréhension complète de la laïcité française afin de s’y adapter. Pour cela, comme il est dit plus haut, le civisme devra être le seul moteur de la démarche.

L’autre commentaire émane, notamment, d’un aréopage de juristes ce qui justifie naturellement son titre « La liberté religieuse doit faire l’objet d’une jurisprudence évolutive ». Et l’on se réfère, ce n’est pas nouveau, à la Charte européenne des droits fondamentaux, qui depuis bien longtemps subit des pressions, de l’Opus Dei en particulier*, afin que dans son texte apparaisse le concept de « liberté religieuse » et qu’il soit comme l’écrivent ces juristes « une liberté fondamentale » et d’affirmer péremptoirement « notre pays, comme tous ceux qui ont adhéré à la Convention européenne des droits de l’homme, doit appliquer des normes qui dépassent les frontières de notre Hexagone ».

Mais le Conseil de l’Europe ne cesse de réaffirmer que la séparation de l’Église et de l’État doit être au principe de toute conception. Ce qui est certain c’est que le modèle de laïcité de la France est une référence indiscutable pour les autres pays qui tentent de gagner la paix religieuse. Et que signifie ce concept de « liberté religieuse » quand existe celui de « liberté de conscience » ? Bien plus ouvert, même de croire ; ou de ne pas croire bien sûr. La liberté c’est, contrairement à ce qui est écrit dans ce commentaire, la liberté d’avoir ou de ne pas avoir de religion ; c’est assurer l’égalité pleine et totale entre celui qui croit au ciel et celui qui n’y croit pas.

Cela, c’est-à-dire la laïcité conçue par la France, peut être le lien véritable entre tous les États de l’Europe, sans qu’il soit soumis à une espèce de jurisprudence évolutive.

*Voir l’ouvrage de l’association : L’Opium du peuple, p. 271 , ( TERRAS Christian, Le Monde diplomatique, L’Europe s’enlise sous la pression des Églises, janvier 2004 )