Laïcité universalité

mardi 17 avril 2007

Ainsi c’est donc fait : c’est le pire des deux candidats à la présidence de la République qui a été élu ; s’entend pour nous, c’est-à-dire pour tous ceux qui entendent défendre la laïcité définie par la loi de 1905, et la République. Les déclarations et les écrits de Nicolas Sarkozy avant et durant la campagne ne laissent aucune place au doute quant à son intention de prêter une oreille bienveillante aux idéologies religieuses : « Je veux aider les élus locaux à pouvoir répondre aux demandes des communautés présentes dans leurs villes. » , et quand il dit, en parfait démagogue que « la laïcité, c’est la liberté. » il oublie astucieusement d’ajouter au terme de sa phrase : « des croyances », la liberté de conscience, la liberté de croire ou de ne pas croire en Dieu en toute sécurité ; cela est un droit. Mais ce n’est pas la liberté d’utiliser les deniers de l’Etat pour l’exercice du culte ! C’est vouloir tromper les croyants et les non-croyants que de leur laisser penser que les représentants des cultes pourraient solliciter une quelconque aide dans ce domaine. Si bien que les électeurs des communautés religieuses qui lui ont apporté leurs votes dans l’espoir d’obtenir des privilèges, devront se rendre à l’évidence au risque, comme cela a déjà été, d’enclencher une nouvelle guerre scolaire et citoyenne. On peut comprendre que certains aient pu être abusés par des propos comme « le nettoyage au karcher » ou les confusions entretenues entre « religions » et « sectes » ou « monothéismes » et « divinités grecques » ou encore « sentiment national » et « communautarisme », l’ambiguïté étant la base du discours. Il n’en demeure pas moins qu’il a eu une influence réelle sur les mouvements religieux ; tel le mosaïsme qui lui adressait dès le dimanche soir du deuxième tour, avant même les résultats définitifs, par la voix du CRIF ( Conseil Représentatif des Institutions Juives de France ) ses « plus respectueuses et chaleureuses félicitations » pour son élection. Sans doute tous n’ont pas eu la même promptitude dans l’affectation, mais elle n’en est pas moins partagée.
Il nous appartient de veiller et de lutter pour assurer la continuité de la République laïque, car l’histoire a montré que ce principe de séparation du religieux de l’Etat , de l’émancipation de l’Etat vis-à-vis des religions, a été régulièrement remis en question par les partis conservateurs et même par des partis ou mouvements démocrates et républicains comme ce fut le cas lors de l’élaboration du programme du Conseil National de la Résistance en 1944 où l’unanimité ne put se faire sur la laïcité à cause précisément des subventions à l’école libre . Pourtant c’est le caractère d’universalité qui est l’élément vital du principe de laïcité ! Et bien il faut croire que cette notion n’est pas la chose la mieux partagée dans les consciences ; Marx ne clamait-il pas déjà en 1844 ( publié seulement en 1927 ) : « Assurément ! Ce n’est qu’en s’élevant ainsi au-dessus des éléments particuliers que l’Etat s’érige en universalité. » . C’est donc à chacun de nous, citoyens, d’agir pour le respect du droit commun contre les privilèges des particularismes religieux.